Quand l’association “Commerce Ville de Fougères” (CVF) se trompe de cible

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Ce deuxième confinement est un coup dur pour les petits commerçant.e.s et artisan. e.s fougerais.e.s. Ils et elles vont encore perdre en attractivité face aux grandes entreprises capitalistes : supermarchés et géants du commerce en ligne. Mais alors pourquoi ne pas cibler ces dernières plutôt que la population ? Pourquoi, à travers une campagne de sensibilisation, lui faire porter le poids des déconvenues, en insinuant qu’elle fait de mauvais choix ? N’y a-t’il pas plutôt intérêt à remettre en cause la façon dont fonctionne notre économie : le capitalisme ?

Depuis le déconfinement nous avons vu fleurir partout en ville des banderoles, des affiches et des spots publicitaires du CVF invitant à soutenir les commerces locaux et pour cela à acheter localement. Un rassemblement contre le projet d’implantation d’un supermarché Grand Frais à Beaucé, a aussi été organisé par le CVF avec un appel à ce que la population le rejoigne. Et Jeudi 29 octobre après l’annonce d’un nouveau confinement, une nouvelle campagne de sensibilisation a été lancée par cette même association, une campagne moraliste et méprisante qui joue la carte de la culpabilisation des consommateurs et consommatrices ; alertant sur de possible fermetures définitives de commerces, elle appelle la population à faire les bons choix…

Bien que nous pouvons être d’accord de consommer localement, nous n’avons pas forcément les moyens de faire nos achats dans les petits commerces. Bien que nous pouvons être contre l’implantation d’un nouveau supermarché, nous ne le sommes pas uniquement pour des intérêts particuliers mais aussi et avant tout pour des questions de société. Et quant au mépris affiché à travers la dernière campagne du CVF, il ne fait que rendre plus difficile toute tentative de soutien. En voici un aperçu : “fermeture définitive, ce sont les deux mots que vous verrez bientôt sur de nombreuses vitrines […] si vous craquez sur les grandes plate-forme de e-commerce […]” ; “pensez y avant de cliquer”.

Faire d’un problème de société, un problème d’individus ainsi que mettre en cause la population plutôt que le système économique capitaliste est une erreur, la cible n’est pas la bonne. En effet, c’est bien plus la concurrence, la liberté d’installation donnée par les élus aux supermarchés et l’argent public que les gouvernants ont offert aux grandes entreprises (ex : Carrefour et le CICE) , qui ont mis certain.e.s commerçant.e.s et artisan.e.s directement ou indirectement en difficulté, la crise sanitaire en ayant accentué l’impact, et non les choix que font les consommateur-trices. Que dire des élus locaux qui ménagent la chèvre et le choux en entretenant le statut quo entre les petits commerces et les grands. L’implantation à venir d’un Lidl à St-Brice en est un exemple remarquable.

Changer de paradigme

Nous n’avons aucun intérêt à préserver le capitalisme, ce système économiquement, socialement et écologiquement destructeur. Si nous voulons produire et consommer des produits locaux, sains, accessibles, écologiques et respectant les travailleurs et travailleuses, commençons déjà par augmenter les salaires et les pensions et par redistribuer les richesses : ce qui permettra à toutes et tous de vivre dignement. Simultanément il nous appartient aussi d’imaginer et de construire ici et maintenant un autre modèle de société. Une société où nous pourrions laisser une part d’autonomie aux travailleur-euse.s indépendant.e.s, du commerce de l’artisanat ou autre, et même les intégrer peu à peu aux structures décisionnelles : autonomie du travail – sous réserve de ne pas exploiter de salariés – regroupement dans chaque commune ou à plus large échelle des petites unités d’une même activité, ou d’activités complémentaires qui deviendraient ainsi les “ateliers” d’ensembles plus vastes. Les travailleur-euses pourraient se rassembler en assemblée générale de ces divers ateliers, élire un conseil et des délégué.e.s mandaté.e.s impérativements (les mandaté.e.s ne peuvent pas décider par eux et elles-même, ils et elles doivent suivre le mandat qui leur à été donné) et révocables. Avec un encadrement des revenus sous le contrôle de la société. Une société où la production de bien et de services serait guidée non plus par la course aux profits, mais par les besoins de la population ; où la production et la distribution des besoins fondamentaux serait socialisée (mise en commun des moyens de productions et d’échanges), autogérée (gèrer par les travailleuses et travailleurs eux et elles-mêmes) et planifiée démocratiquement (production et répartition selon les besoins de la population). L’expérience de l’amap peut être un début dans cette démarche et il faut la soutenir. Pour ce qui est de répondre à toute la diversité des besoins nous pourrions faire coexister une planification démocratique générale avec une sphère d’échange de biens, à l’initiative des individus et des communautés.

Réinterrogeons notre économie et notre position au sein de celle-ci. Battons-nous pour une autre société, une société dans laquelle la coopération serait logique et la concurrence absurde, dans laquelle chacun.e travaillerait selon ses capacités et recevrait selon ses besoins !

Crédits illustration : couverture de “Pour une économie libertaire” de Frédéric Antonini aux éditions Nada et bannière de Deca pour petitscommerces(.)fr

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