J'aurai voulu être anarchiste pour pouvoir faire mon numéro.

Les finalités d’un socialisme anti-autoritaire

Libertaires ?


Le socialisme pour lequel nous combattons, le socialisme anti-autoritaire, veut une transformation radicale de la société concrétisant le socialisme spontané des travailleurs, réalisant les aspirations égalitaires et libertaires maintes fois exprimées dans les luttes de classe des exploités et dans les luttes émancipatrices des femmes et des opprimés.

Le socialisme anti-autoritaire, c’est la recherche d’une démocratie authentique : le peuple souverain auto-instituant la société, auto-gouvernant sa politique, autogérant sa production.

Démocratie enfin réalisée, parce que les rapports de production, le rapport salarial sont brisés, que les grands moyens de productions sont socialisés, collectivisés à la base et non étatisés, que l’autogestion se substitue au rapport dirigeants/dirigés, et qu’ainsi la division de la société en classes antagonistes est remplacée par une communauté humaine en réunification, socialement et politiquement égale et libre.

Démocratie authentique, parce que l’appareil d’État – c’est-à-dire l’appareil de domination des classes exploiteuses – est brisé, remplacé par une organisation fédéraliste de la société et par l’autogestion généralisée exercée sur toutes les grandes décisions, la souveraineté collective en acte, la Démocratie « de bas en haut » ou « de la périphérie vers le centre », le pouvoir aux Assemblées de base et à leurs conseils librement associés.

Le socialisme anti-autoritaire c’est le combat pour une société où l’individu soit à la fois libre et responsable. Libre dans un monde réel, où pèsent les nécessités matérielles, et dans une société où on participe aux tâches communes et à la responsabilité collective. Libre totalement de parole, d’expression, de création ; libre de son mode de vie, de sa sexualité, de sa culture. Et responsable, maître de son travail, participant au côté de tous et à égalité avec tous à l’autogestion de la production et de la société. Égal à tous, et donc accédant à égalité avec tous à la répartition des produits du travail. La finalité du socialisme anti-autoritaire c’est la construction d’une société où la collectivité solidaire permette à l’individu de s’épanouir dans ses spécificités. Une société où s’équilibrent et s’épaulent mutuellement l’individu, le local, le particulier et le collectif, le social, le culturel : une société égalitaire et libertaire.

Le socialisme anti-autoritaire donc comme exigence la désaliénation de tous et de toutes, la fin de toutes les oppressions, des racismes, des xénophobies, des intolérances, et du patriarcat. Ce qui passe nécessairement par une transformation radicale du mode de production, à la fois dans ses structures, ses formes d’organisations et de pouvoirs, et dans ses buts. C’est la fin d’une production déterminée par le profit. C’est le début d’une production tournée vers la satisfaction égalitaire des besoins exprimés socialement, ce qui ne signifie ni nivellement ni uniformisation dans une société fondée sur l’émancipation des individus et des communautés de base, c’est-à-dire sur la multiplicité autant que sur l’harmonisation des modes de vie. C’est une production qui rompt avec le productivisme, la course folle et destructrice du cadre de vie, et qui ouvre donc la voie à un rapport nouveau réintégrant la communauté des humains dans l’équilibre de l’écosystème. C’est une production où le travailleur, chaque travailleur, et collectivement le prolétariat et les autres couches dominées par le capitalisme, échappe au travail aliéné et aliénant, dominé, dirigé, pour accéder à un travail maîtrisé et ouvert à la créativité individuelle et collective.

Le socialisme anti-autoritaire c’est la fin d’un certain ordre du monde. La fin du colonialisme et de l’impérialisme, au profit d’un rapport égalitaire et solidaire entre tous les peuples, fondé sur l’autonomie, la production autocentrée pour chaque région, et la péréquation des richesses entre pays riches et pays pauvres. La fin de l’ordre étatique, au profit d’une fédération libre des régions autogérées. La fin des frontières et de la menace de guerre, pour un monde sans barrières et totalement démilitarisé.

 

Extrait du manifeste pour une Alternative Libertaire

Le contre-pouvoir et la rupture révolutionnaire

Libertaires ?


La révolution libertaire n’est pas une simple révolution politique substituant une équipe dirigeante à une autre, ou transformant les termes de la Constitution. C’est une révolution globale, touchant toutes les formes politiques, culturelles, économiques de la société. C’est pourquoi nous parlons de révolution sociale.

Les conditions de la révolution – ce qui peut conduire un peuple et des peuples sur la voie d’un tel bouleversement – ne sont ni uniquement idéologiques, ni uniquement « objectives ». La révolution n’est pas l’aboutissement mécanique d’un développement des forces productives. Elle n’est pas non plus le pur produit d’un processus idéologique. Elle ne peut survenir qu’au terme d’une dynamique ayant à son cœur les pratiques sociales, les pratiques réelles des masses et des individus, leurs luttes, qui se déploient dans les conditions matérielles de chaque époque, et qui permettent une prise de conscience collective et l’émergence de projets de transformation de la société portés de plus en plus largement.

La révolution sociale est donc préparée par un processus historique où la prise de conscience des individus et des classes sociales est l’élément central, qui s’appuie sur une expérimentation concrète à travers les luttes de classe, les luttes émancipatrices, et leur auto-organisation. Nous nommons contre-pouvoir ce processus. C’est en faisant eux-mêmes l’apprentissage de l’autogestion que les travailleurs poseront les bases d’une société alternative. C’est parce que le capitalisme et l’État apparaîtront comme des cadres trop étroits, étouffant cette montée des aspirations et des pratiques autogestionnaires de la base de la société, que celle-ci s’armera du désir de révolution.

La liberté n’est pas pour nous une fin lointaine autorisant le recours à n’importe quel moyen, mais au contraire et le but et le moyen. C’est une dynamique d’action et de conscientisation que nous proposons, non sous la conduite de dirigeants aveuglément suivis, mais au contraire par l’autogestion de luttes où s’expriment et se réalisent la base et les individus.

Le contre-pouvoir est donc une stratégie politico-sociale de préparation des conditions de la révolution sociale qui s’inscrit dès maintenant dans les combats quotidiens. Elle s’appuie sur les luttes revendicatives en dépassant le cadre imposé par le pouvoir des classes dominantes pour développer des contre-pouvoirs à la base. C’est en se coordonnant et en se fédérant que ces contre-pouvoirs tendront à s’ériger en organisation alternative à l’État.

La rupture révolutionnaire est le produit de tout ce processus, qui peut s’étendre sur de longues années : c’est le renversement des pouvoirs institués, patronaux, étatiques, par le contre-pouvoir, qui devient le pouvoir nouveau. Elle s’appuie sur une dynamique de réappropriations à la base de la vie sociale et de la production, en leur offrant le cadre nécessaire à leur systématisation.

La rupture anticapitaliste est le produit de deux mouvements articulés, indispensables l’un à l’autre. Il n’y a pas rupture révolutionnaire s’il n’y a pas réappropriation des moyens de production par les travailleurs. Et donc la lutte dans les entreprises et plus largement autour des questions du travail et de la production est bien un front prioritaire pour la lutte révolutionnaire. Mais il n’y a pas non plus de rupture sans un second mouvement social qui se développe hors de la production, gagnant de larges pans de la population et touchant tous les rouages de la société. Et donc l’entreprise ne saurait être la seule priorité du combat révolutionnaire.

Le prolétariat – dans la définition large qui est la nôtre – est bien la classe motrice et inspiratrice de la révolution sociale. Mais elle ne sera pas nécessairement la seule classe à mener la révolution. Elle a objectivement intérêt à s’allier à d’autres catégories de la population afin de réaliser un large front anticapitaliste. Il s’en suit que le nouveau pouvoir ne sera pas exclusivement le pouvoir du prolétariat – même s’il y pèse de façon décisive – et encore moins sa dictature, mais le pouvoir d’un groupe social nouveau, produit des nouveaux rapports de production autogestionnaires, s’unifiant dans un statut de citoyen-travailleur participant à la direction socialisée de la production, des études, et de la société.

Ce nouveau pouvoir ne pourra s’étendre immédiatement à l’ensemble de la population où s’exprimeront aussi les adversaires de la nouvelle société. C’est d’ailleurs là une des contradictions majeures de la révolution autogestionnaire dans sa première phase : construire une démocratie incomparable, et devoir combattre une partie de la population regroupée autour des vestiges de l’ordre ancien. Mais la dynamique est celle d’une disparition progressive des différences de classe.

Il y a donc, après la rupture révolutionnaire, une succession de phases de construction, et la première phase est encore marquée par les divisions héritées du capitalisme. Mais dès les premiers jours ce sont des rapports de production collectivistes – communistes au sens authentique – qui tendent à se mettre en place déjà dans les grands moyens de production et c’est aussi sur le mode de l’autogestion que se réorganisent les services publics et les solidarités naguère ébauchés et contrôlés par l’État. Et celui-ci est immédiatement remplacé par une nouvelle forme de centralisation et de décentralisation dialectique : le fédéralisme. Il y a donc succession de transitions où s’approfondit la construction du communisme, mais absence d’une société de transition étatisée intercalée entre capitalisme et communisme et différente de l’un et de l’autre.

Dans tout ce processus révolutionnaire – qui commence par des pratiques quotidiennes de contre-pouvoir – le rôle d’un courant organisé anti-autoritaire nous paraît nécessaire. Nous refusons le rôle dirigeant que le léninisme attribue au parti révolutionnaire et qui conduit celui-ci à se substituer aux masses et finalement à imposer un système générateur de bureaucratie. Mais les révolutionnaires ont à jouer un rôle d’animateurs et de guides. Leur propagande entre dans la dynamique de prise de conscience de la population, en proposant une critique radicale du capitalisme et une systématisation du socialisme spontané des travailleurs. Leur action concertée, convergente, organisée, est nécessaire dans les luttes de classe pour aider au développement de l’auto-organisation et à l’émergence de projets alternatifs.

Cette intervention volontaire est une des conditions du développement d’un processus qui n’obéit à aucune loi « inéluctable », et où la spontanéité a déjà montré dans l’histoire son extraordinaire valeur mais aussi son incapacité à mener seule le renversement de la société et l’institution d’un socialisme libre.

La présence active d’un courant organisé anti-autoritaire peut être décisive pour éviter les déviations bureaucratiques : un courant ayant les moyens de se faire entendre massivement par les travailleurs et les jeunes, mais également fortement implanté, formé de nombreux militants actifs dans les mouvements sociaux, en situations d’animateurs écoutés et influents. Nécessité de l’organisation, qui ne doit pas faire oublier que celle-ci peut tomber à son tour dans le dirigisme quelque soit ses prétentions libertaires, et qu’une autovigilance de tous les instants est indispensable, ainsi qu’une autogestion de la structure militante permettant la direction collective de l’organisation par sa base immergée dans la société.

 

Extrait du manifeste pour une Alternative Libertaire

Pour un communisme libertaire

Libertaires ?


Le projet de société que nous proposons s’appuie sur les expériences concrètes des travailleurs et des peuples révolutionnaires : communes libres, conseils ouvriers, fédérations, syndicalisme révolutionnaire.

Nous nommons ce projet communisme libertaire, non par référence au courant « communiste » marxiste-léniniste, mais dans la continuité d’un courant plus ancien et plus large, antiautoritaire, syndicaliste, conseilliste.

« Communisme » : une société fondée sur la mise en commun des moyens de production, sans appropriation privée ou privative, centralisée, c’est-à-dire sans classe et sans État.

« Libertaire » : une société qui a pour objectif et pour condition l’émancipation de la société, des travailleurs et des individus, qui passe par l’égalité économique et la démocratie de bas en haut de la production et de toute la société.

Le communisme libertaire est le projet d’une société en évolution, animée par un processus révolutionnaire permanent, qui étend progressivement la société nouvelle sur toute la surface terrestre, et qui gagne et intègre peu à peu toute la population.

Nous indiquons ici quelques grands axes de ce projet, tel que nous pouvons le concevoir pour la première phase de construction, c’est-à-dire alors que toute la population n’a pas encore été gagnée, que la révolution a encore de nombreux ennemis à l’intérieur et à l’extérieur, et qu’il faut faire avec l’héritage technologique tout en commençant immédiatement à le transformer.

Des rapports de production autogestionnaires

Par socialisation des moyens de production nous n’entendons pas concentration de ceux-ci aux mains de l’État mais possession collective par l’ensemble de la société, autogestion de la production dans sa globalité, et autogestion de chaque unité par ceux qui s’y emploient.

Par autogestion nous entendons pouvoir de décision collectif des assemblées de travailleurs, avec liberté totale d’expression et votes démocratiques. L’autogestion abolit les rapports de production capitalistes dirigeants/dirigés, avec l’organisation hiérarchisée et parcellisée du travail qu’ils impliquent. Dans l’autogestion les responsables, coordonnateurs, délégués, sont élus par les assemblées de base ; ils peuvent être révoqués par elles à tout moment, et ils sont soumis à la direction collective de la base, tenus d’appliquer les grands choix, les mandats impératifs adoptés et régulièrement renouvelés par les assemblées de base et les conseils locaux.

Le renversement des rapports de production repose sur une transformation radicale de la nature du travail. Les fonctions manuelles et intellectuelles, séparées par le capitalisme, sont réunifiées : chaque travailleur participe à la conception et à la décision, il est décideur pour la production et pour la société. Son temps de travail incorpore ces tâches de décideurs (y compris sur les questions « politiques » concernant la région, la société), les tâches d’exécution, et un temps très étendu de formation continue. Le temps n’est plus soumis à la division héritée du capitalisme entre travail parcellisé et loisir. Dans le cours de sa vie, le travailleur alterne participation à la production collective et participation à la vie sociale comme autant de formes de son épanouissement.

Cette transformation du travail, sa désaliénation, est le noyau central d’un profond processus de transformation remodelant radicalement le tissu productif et les technologies. Celles-ci devront s’adapter à ce nouveau mode de production et aux nouveaux critères de la société, ouvrant une période d’innovations et de renouvellement.

La production échappe aux impératifs des profits. Ce sont les besoins humains qui deviennent déterminants. Ces besoins ne sont pas et ne seront jamais « objectifs » : ils répondent à des données culturelles, à des aspirations personnelles, mais aussi à ce que la production propose. Il y a donc une grande diversité de besoins qui appellent un système forcément complexe de détermination des impératifs de production. Deux mécanismes parallèles nous paraissent pouvoir être mis en place. L’un de planification et de coordination générale autogérée, qui centralise les besoins recensés dans les communes et les régions, les unités et les fédérations de production. Cette planification assure la mise en œuvre collective des grandes transformations. Et elle garantit à tous la satisfaction des besoins fondamentaux, de façon libre, gratuite, solidaire : logement, santé, formation, nourritures de base… L’autre mécanisme recouvrirait l’intervention spontanée des individus et des communautés de base s’exprimant dans un marché libéré des contraintes de l’économie marchande mais permettant l’accès libre de chacun aux produits et aux services de son choix.

Une Démocratie fédéraliste et autogestionnaire

La Démocratie fédéraliste autogestionnaire repose sur les Assemblées de base des travailleurs et sur les communes. Elle structure la société à partir des régions, afin de créer des espaces de pouvoir collectif directement contrôlables par la population. Ces espaces régionaux autogérés ne reproduiront pas nécessairement le découpage des actuelles régions administratives. Elle vise à la fédération internationale des régions, à vocation universelle. Elle se donne des règles communes autogestionnaires, intégrant les droits acquis par l’appropriation collective des moyens de production. Ces droits et ces règles s’imposent à toutes les régions, garantissant la protection de chaque individu et de chaque communauté. Au-delà, la plus grande autonomie s’exprime à la base, dans les communes, dans les régions fédérées.

Le fédéralisme est une forme d’organisation et de centralisation/décentralisation qui permet d’éviter l’écueil du centralisme bureaucratique et celui d’une atomisation de la société. C’est l’équilibre entre l’initiative et l’autonomie des unités fédérées, et la solidarité entre toutes : une interdépendance sans hiérarchie, où les choix collectifs sur les questions communes sont prises et appliquées par tous. Le fédéralisme implique une conception ouverte, dialectique, de la société comme lieu où on peut tendre à équilibrer le champ du général et celui du particulier, mais sans jamais pouvoir réduire l’un à l’autre.

Le fédéralisme conduit à une structuration stabilisée de la société. La coordination de la production est assurée par des fédérations par branches. Chaque région fédère les communes et les unités de travail. Les régions forment une fédération internationale avec une large part d’autonomie. Chaque fédération est coordonnée par un conseil très large de représentants de la base, formé d’élus directs étroitement contrôlés et en lien avec leur mandants. Chaque fédération nomme des responsables soumis à la direction de la base.

Les conseils des fédérations régionales, professionnelles, etc. ont donc à charge de centraliser le pouvoir de la base, non pas en l’exerçant en son nom mais en organisant le débat démocratique. En assurant des consultations régulières de toute la population concernée s’exprimant depuis la base et tranchant entre les diverses options dégagées. Le conseil de la fédération est ensuite tenu d’exécuter les décisions démocratiques. Ces consultations se réservent aux grandes questions, aux grands choix, tandis qu’une très large part d’initiative est assurée aux unités fédérées.

Le mandat de la base n’est pas livré au seul moment de l’élection des délégués ou des responsables, et au vu des promesses des candidats ou des programmes de leurs organisations éventuelles. Le mandat impératif est donné sur un contenu décidé par la base et renouvelé régulièrement. La démocratie du bas vers le haut représente une forme radicalement nouvelle de pouvoir collectif, en rupture avec la division dirigeants/dirigés, gouvernants/gouvernés, la coupure entre l’État et la société de tous les systèmes de classe. Chaque « citoyen-travailleur » étant associé à ce pouvoir, le gouvernement est descendu dans l’atelier et dans la commune : c’est l’autogouvernement de la société, qui répond naturellement à l’autogestion de la production.

Les différences entre État parlementaire et fédération autogestionnaire sont radicales. Renversement du pôle du pouvoir, les instances de coordination centrales étant placées sous la direction de la base. Élection démocratique des délégués et responsables, délégation de tâches pour la coordination et les décisions courantes, mais refus de la délégation du pouvoir sur les grandes décisions, et donc démocratie directe. Les partis perdent leur rôle de vecteurs du débat et de force de direction de la société : les formations politiques peuvent s’exprimer librement et nourrir le débat démocratique, mais les délégués sont mandatés par la base et non par les partis.

La démocratie autogestionnaire implique la liberté absolue d’expression et d’organisation, la liberté du culte, la liberté totale de la presse.

Enfin la nécessité de défendre la nouvelle société de ses ennemis intérieurs et extérieurs, tout comme une persistance de la délinquance – en tout cas dans cette première phase – ainsi que des comportements et actes racistes ou sexistes, entraînent la nécessité d’un droit, d’une justice organisée, et de formes d’autodéfense militaire. Mais il s’agit bien de détruire les organismes répressifs de l’ancienne société et de mettre sur pied des structures étroitement contrôlées par la population et les conseils. Les risques de militarisation ou d’ordre policier sont évidents dans une période révolutionnaire et exigent une vigilance aiguë, avec en finalité une société complètement démilitarisée et dépolicée.

 

Extrait du manifeste pour une Alternative Libertaire

Un courant nouveau

Libertaires ?

Nous nous inscrivons dans une filiation historique qui prend ses racines aux débuts du mouvement ouvrier. Mais en même temps nous nous définissons comme un courant nouveau, produit d’une volonté de synthèses et de dépassements multiples.

Nous sommes dans la continuité des grands courants antiautoritaires de l’histoire, qui ont cherché à traduire les aspirations du socialisme spontané des travailleurs. Les collectivistes antiautoritaires de la première Internationale, les syndicalistes révolutionnaires et anarcho-syndicalistes, les communistes libertaires ou anarchistes communistes ont assuré la permanence d’un courant libertaire de lutte de classe dont nous nous réclamons.

Cette référence n’implique ni soumission à une doctrine figée ni apologie du passé. La référence est critique, elle n’épargne pas les faiblesses, les carences, les erreurs. Les tendances auxquelles nous nous référons sont vivantes, contradictoires, liées aux époques où elles sont apparues. Nous voulons bénéficier des acquis d’un courant majeur du mouvement ouvrier, et en rejeter tout ce qui nous semble dépassé ou erroné.

Nous sommes à la fois syndicalistes révolutionnaires (ou anarcho-syndicalistes) et communistes libertaires. Nous proposons donc une synthèse de l’ensemble des composantes libertaires « lutte de classe » et dans ce sens déjà nous constituons un courant nouveau.

Nous ne prétendons à aucun monopole. Diverses organisations et regroupements se réclamant d’une filiation libertaire existent. Nous sommes pour le débat, pour que les forces soient mises en commun aussi souvent que possible, sans nier les spécificités de chacun. Un même souhait de confrontations et d’unité nous conduit à refuser les sectarismes entre toutes les forces qui combattent le capitalisme.

Mais notre effort de synthèse ne s’arrête pas aux seuls courants libertaires. Nous cherchons une fusion des acquis positifs de l’ensemble des courants révolutionnaires.

L’avenir du marxisme révolutionnaire dans ce qu’il a de non jacobin, de non dirigiste, nous paraît être impensable, après la faillite historique du léninisme sans un ressourcement et une fusion avec le courant libertaire ouvrier. Et celui-ci a tout à gagner en intégrant, tout en le dépassant, le meilleur de Marx, du marxisme révolutionnaire et du conseillisme.

Nous faisons nôtre la recherche et la pratique d’une conception de l’histoire et d’une méthode d’analyse qui intègre les dimensions matérialiste et dialectique, échappant à un déterminisme économique simpliste et mécaniste. Avec Marx et Bakounine, nous nous opposons à une conception idéaliste de l’histoire, trop souvent d’un étroit moralisme ou manichéisme, et nous privilégions, à partir des facteurs sociaux, matériels mais également, dialectiquement, des facteurs culturels, psychologiques, conscients, la conception selon laquelle ce sont les hommes qui font leur histoire. Il y a, dans les débats menés aux premiers temps du mouvement ouvrier, avec leurs diversités et leurs contradictions, un grand capital de réflexion philosophique qu’il nous paraît nécessaire d’intégrer dans l’élaboration d’une conception de l’histoire et d’une méthode d’analyse actuelle, échappant au déterminisme économique tout en rappelant l’importance décisive des facteurs sociaux et matériels.

La synthèse que nous recherchons ne se limite pas non plus à une confrontation positive des courants marxistes révolutionnaires et libertaires. Nous nous tournons également vers les acquis d’autres courants révolutionnaires et radicaux : autogestionnaires, écologistes, féministes, gauches syndicales…

Ce processus d’ensemble, de synthèses et de dépassements, mais aussi d’innovations et d’intégrations aux conditions renouvelées de la lutte de classe, est une des conditions de l’émergence d’un nouveau courant dans le mouvement ouvrier à l’affirmation duquel notre organisation s’efforce de travailler.

 

Extrait du manifeste pour une Alternative Libertaire

Une organisation autogérée

Libertaires ?


Notre organisation n’est pas un parti : elle n’a pas pour vocation de briguer les voix des électeurs et de s’intégrer au jeu des institutions étatiques.

L’activité essentielle de l’organisation est d’appuyer, par sa politique et sa propagande, par sa réflexion collective, par la formation, l’aide qu’elle apporte, par l’action de ses membres, le développement des luttes anticapitalistes et l’auto-organisation, vers un contre-pouvoir de la base de la société et une rupture avec l’ordre capitaliste.

L’organisation repose, et ce jusqu’à ce que les adhérents en décident autrement dans un esprit fédéraliste autogestionnaire et selon les modalités du contrat, sur le présent manifeste pour une alternative libertaire. Ni programme historique, ni déclaration de principe immuable, ce manifeste n’est en effet qu’un moment d’un processus théorique, pratique et organisationnel qui contient lui-même une dynamique potentielle de dépassement.

Un contrat statutaire fixe les règles du fonctionnement de l’organisation et lie tous les membres librement associés.

Les orientations stratégiques de l’organisation, ses prises de positions, ses décisions sont soumises aux débats, à la direction collective, aux votes de la base de l’organisation. Celle-ci constitue ainsi un terrain d’expérimentation pour la démocratie autogestionnaire et fédéraliste.

L’organisation est donc une fédération autogérée, placée sous la responsabilité collective de l’ensemble de ses militants. Renversant l’image traditionnelle du parti hiérarchisé, mais sans nier la nécessité et l’importance des activités de coordination et d’animation de l’organisation, nous cherchons à établir un cadre de débat et d’intervention horizontalisé et décentralisé.

L’organisation est un lieu pluriel où, sur un fond identitaire commun, une grande diversité d’opinions peuvent s’exprimer librement. S’il est naturel qu’elle se donne démocratiquement une orientation majoritaire, elle n’en garantit pas moins scrupuleusement les droits des minorités et des groupes de base à l’expression, dans le débat interne bien sûr, mais aussi dans la presse de l’organisation, selon des modalités établies par le contrat statutaire.

L’organisation cherche la convergence des actions de ses membres dans un soucis évident d’efficacité. De même elle défend une orientation majoritaire. Mais elle respecte la liberté de parole et d’action de chacun. Liés par les règles statutaires lorsqu’il s’agit de parler ou d’agir au nom de l’organisation, chacune et chacun n’obéit qu’à ses propres choix lorsqu’il intervient dans les mouvements sociaux.

Courant de lutte de classe, nous priorisons l’expression auprès du prolétariat et l’implantation dans ses lieux de vie et de travail. Mais nous ne négligeons ni l’implantation dans la jeunesse ni une présence sur l’ensemble des mouvements sociaux.

L’organisation se refuse à tout rapport de direction ou de substitution en direction des luttes des travailleurs et de la population. Elle peut participer à l’organisation d’initiatives et de mobilisations. Mais la direction des luttes sociales doit appartenir à la base, même si les militants de notre courant peuvent compter parmi les animateurs de ces luttes.

Notre combat est international et la construction de notre courant passe par la multiplication des initiatives, vers une structuration internationale.

 

 Extrait du manifeste pour une Alternative Libertaire

Pour un grand mouvement anticapitaliste et autogestionnaire

Libertaires ?

Extrait du Manifeste pour une Alternative Libertaire

 

Notre organisation ne prétend pas devenir à elle seule, en comptant sur ses seules forces, l’alternative au capitalisme. Rejetant tout sectarisme et tout isolationnisme, nous voulons être une force unificatrice dans le mouvement révolutionnaire et dans le mouvement ouvrier.

Nous voulons contribuer à une renaissance du combat révolutionnaire de masse, une refondation du socialisme à l’horizon du XXIe siècle. Pour atteindre ce but notre stratégie politique repose sur une dialectique entre deux niveaux d’expression et d’organisation distincts et complémentaires :

- l’organisation et le développement d’un nouveau courant libertaire « lutte de classe »  ;

- l’émergence d’un vaste mouvement anticapitaliste et autogestionnaire, où le nouveau courant libertaire s’intégrerait sans disparaître.

Nous sommes donc porteurs d’un grand projet d’unité, qui se concrétise dans nos pratiques quotidiennes et qui fait partie intégrante de notre identité. Ce projet nous le proposons à l’ensemble des forces politiques, syndicales, écologistes, associatives, qui combattent le capitalisme et qui sont susceptibles de s’y associer. Le mouvement à venir verra s’unir des militants et des courants d’origines idéologiques différentes, aux priorités d’intervention diversifiées. Il sera nécessairement pluraliste, ouvert, tout en recherchant les convergences sur des bases essentielles.

Le mouvement anticapitaliste à venir sera une force de masse, qui pèsera à très grande échelle dans la société, aidant à la multiplication des contre-pouvoirs et préparant les conditions de la rupture révolutionnaire. Il inscrira donc prioritairement ses interventions sur le terrain social, à la base de la société, reliant les luttes diverses, les luttes ouvrières, les luttes de la jeunesse, en leur proposant une perspective autogestionnaire. Un mouvement politico-social donc, et non pas un nouveau parti.

En tenant compte des réalités différentes d’un pays à l’autre, nous inscrivons ce projet d’alternative dans une démarche internationale, fédérant progressivement toutes les forces alternatives au libéralisme, à la social-démocratie et au stalinisme, en Europe et dans le monde entier.

Ce mouvement large ne naîtra pas « à froid » d’une autoproclamation ou d’un cartel. Il sera le produit d’un processus historique de convergences, d’unités, d’élaborations, de pratiques de base.

Les luttes sociales massives et leur développement offensif seront donc déterminantes.

Élaborations collectives, parce qu’une addition hétéroclite ne permettra pas de répondre à la crise d’orientation et de perspectives, à la crise d’identité qui mine le mouvement ouvrier et social.

C’est un nouveau projet politique qui est nécessaire. Pour élaborer celui-ci des idées différentes se confronteront  ; dans ce débat nous serons une force de proposition et de conviction, pour tendre vers une synthèse nouvelle, la plus libertaire possible, à l’image du syndicalisme révolutionnaire qui fut naguère le fruit d’une dialectique entre perspectives libertaires et organisations de masse.

Pratiques communes à la base, parce que pour nous une alternative de masse, implantée dans les cités, dans les entreprises, parmi la jeunesse, partira des problèmes concrets et quotidiens vécus par le population. Des actions nouvelles sont nécessaires pour permettre l’expression et l’organisation des révoltes de la base de la société. Ces pratiques communes permettront les réponses nécessaires, face aux menaces de l’extrême droite et aux mensonges de la social-démocratie.

Ce sont par elles que l’alternative gagnera des forces neuves.

L’émergence de ce grand mouvement est une des tâches prioritaires de notre courant. Il ne s’agit pas pour nous de disparaître corps et âmes dans un rassemblement futur. Nous voulons être une des forces initiatrices, une des forces unifiantes. Et devenir demain une composante majeure et écoutée, dans un mouvement révolutionnaire, un mouvement ouvrier refondé et renouvelé.

 

[Fougères] Le 9 septembre : fête populaire de l’AL

Local

Pour la deuxième année consécutive, Alternative Libertaire Fougères organise une fête populaire à la plaine des Grands Jeux (rue de Laval, à côté de Juliette DROUET) . Temps de rencontres, d’échanges militants, et de détente, nous vous attendons nombreux et nombreuses !

 

Au programme :

  • tournoi de foot : composé d’équipes de 4, tu peux t’inscrire sur place ou en amont en nous contactant.
  • tournoi de palet ;
  • zone de gratuité : n’hésite pas à ramener des objets dont tu n’as plus besoin
  • animation pour toutes et tous : atelier jonglage pour petitEs et grandEs, jeux, dessins, etc. Tu peux aussi nous contacter pour proposer des activités.
  • débat et échanges autour des politiques du gouvernement de Macron ;
  • Scène ouverte : Tous ceux et toutes celles qui le souhaitent peuvent venir jouer à la scène ouverte. Animation pour toutes et tous, l’occasion de découvrir un groupe, de se faire connaître et de partager un moment sympa !
  • Librairie : à la recherche de livres militants : libertaires, historiques, sociologiques ? Viens voir si des ouvrages
    t’intéressent à la fête populaire.

À Charlottesville (USA) l’extrême droite se lève et tue

International


Le 12 août a eu lieu dans la ville de Charlottesville, aux États-Unis, une manifestation de l’extrême-droite américaine , soutenue entre autres par le Ku Klux Klan. Plusieurs manifestant-es arboraient des torches, des boucliers ou encore des croix gammées, se revendiquant explicitement du nazisme. Des militant-es antiracistes et antifascistes ont organisé une contre-manifestation plus nombreuse, mais la police a rapidement essayé de disperser les personnes présentes car des affrontements avaient lieu. On sait par exemple qu’un garçon noir a été battu par les suprémacistes blancs, tandis que les affrontements faisaient une vingtaine de blessé-es au total.

Quelques heures après la dispersion, un militant d’extrême-droite a foncé en voiture dans un groupe d’antifascistes. Une militante antiraciste, soutien du mouvement Black Lives Matter, Heather Heyer, est morte. Plusieurs autres sont blessé-es. Les mots ont un sens, et il s’agit d’un attentat. Alternative Libertaire souhaite apporter tout son soutien aux victimes et à leurs proches, mais également à tou-tes les militant-es antiracistes et antifascistes de Charlottesville.

Donald Trump, le Président des États-Unis, a réagi en mettant dos-à-dos les fachos d’un côté et les antifas et les antiracistes de l’autre. Quoi de surprenant de la part de celui qui veut ériger un mur entre les États-Unis et le Mexique, qui veut refouler les personnes ayant des nationalités qui ne lui conviennent pas (visant explicitement les musulmans) et dont les sorties racistes rythment la vie politique américaine  ? Il a été soutenu pour son élection par la plupart de ces groupes d’extrême-droite, et porte leurs idées au plus haut sommet de l’état. Cette élection d’ailleurs décomplexe certainement les groupes les plus radicaux.

On peut en revanche observer le silence des “personnalités politiques” françaises. Pas un mot pour dénoncer, même à peu de frais, ni la manifestation raciste ni l’attentat meurtrier. Non pas que cela servirait à quoique ce soit, mais nous pourrions alors leur rappeler qu’au sud de l’Europe, un bateau de fachos, le C-Star, se balade en Méditerranée pour tenter de renvoyer les migrant-es venu-es d’Afrique là d’où ils et elles viennent. On pourrait également leur rappeler qu’à Lyon, des groupes d’extrême-droite font régulièrement des démonstrations de force, allant jusqu’à attaquer le local de la CGA en novembre dernier. Dans plusieurs villes de France, des groupes d’extrême-droite, identitaires, néo-nazis, fascistes, etc. se renforcent. C’est le combat collectif contre cette idéologie d’exclusion et de mort que nous devons continuer, aux États-Unis, certes, mais également en France, dans nos régions, dans nos villes, dans nos quartiers.

Alternative Libertaire, le 14 Août 2017

communiqués de Black Rose/Rosa Negra

Heather Heyer 32ans, militante antifasciste états-unienne, a été assassiné lors d’une manifestation contre des néo nazis et membres du Ku Klux Klan hier à Charlottesville. Elle était connue pour son militantisme antiraciste au sein du collectif Black Lives Matters entre autres.
Nous joignons ici les communiqués de l’IWW (Industrial Workers of the World) et de Black Rose/Rosa Negra Anarchist Federation, des organisations de notre courant (syndicaliste révolutionnaire, communiste libertaire) outre-Atlantique.

La Black Rose/Rosa Negra Anarchist Federation a eu vent des actes de violence perpétrés par des suprématistes blancs et des fascistes à Charlottesville aujourd’hui. Nous vous écrivons depuis notre convention nationale, et nous pensons tous et toutes à vous, ensemble.

Nous sommes profondément attristé-e-s par la perte de notre camarade de lutte. Nos cœurs et nos esprits vont aux personnes qui l’ont aimé.

À ce moment, nous comprenons que des membres de l’Industrial Workers of the World (IWW) et des Democratic Socialists of America (DSA) ont été blessé-e-s  ; les détails nous parviennent peu à peu via les informations et il y aurait davantage de blessé-e-s et au moins un mort dans cette attaque.

Nous ne pouvons rester les bras croisés et permettre que cette violence soit perpétrée à l’endroit de nos communautés.

Nous sommes solidaires des activistes antiracistes d’aujourd’hui à Charlottesville, ainsi qu’avec leurs familles, les membres de l’IWW et de la DSA présentEs, et tous ceux et toutes celles qui s’impliquent contre la marée montante du fascisme à travers le monde.

Ensemble, nous ne serons pas ralenties, et nous ne serons pas arrêtéEs.

«  Portons le deuil des morts, combattons sans relâche pour les vivantEs  ».
– Mother Jones

Votre soutien est requis  ! Des organisateurs locaux de Charlottesville ont créé une page Fundly https://fundly.com/defendcville pour récolter des sous pour payer les soins médicaux des personnes blessé-e-s durant les manifestations d’aujourd’hui.

Communiqué original de Black Rose/Rosa Negra Federation

Traduction du Collectif Emma Goldman (Saguenay, Québec)

Communiqué de l’IWW :

Robert E. Lee était un lâche qui s’est battu pour la cause de la brutalité et de l’inhumanité.

Heather Heyer s’est battue pour un monde meilleur contre les fous violents venus terroriser sa ville. Elle a perdu la vie à cause des actions d’un autre lâche qui a blessé et assassiné des personnes innocentes derrière le volant de sa voiture.

Une seule de ces deux personnes mérite de ne pas être oubliée.

Pour comprendre le communiqué et la photo :
Les groupes de la droite radicale et identitaire américaine présents, dont le Ku Klux Klan et des néonazis avec des drapeaux confédérés, entendaient dénoncer de façon unitaire le projet de la ville de déboulonner dans un jardin municipal la statue d’un général sudiste favorable à l’esclavagisme. Cette guerre américaine des statues confédérées avait déjà fait polémique quelques mois plus tôt à La Nouvelle-Orléans, où quatre statues ont été déboulonnées.

Quand les vieux pensent aux “jeunes”

Fédéral

Au début du mois de novembre, le premier ministre Manuel Valls reprenait position en faveur du service civique obligatoire en ces termes :
« Il y a une telle énergie parmi nos jeunes, une telle volonté d’être utile ; il faut l’encourager, et lui donner des moyens de s’exprimer. C’est pour cela que je plaide pour un service civique obligatoire qui permette aux jeunes françaises et aux jeunes français d’agir ensemble pour l’intérêt général ».
Comment ne par rire en pensant qu’ajouter 3 mois de propagande gouvernementale en faveur des institutions en place ainsi que la mention « obligatoire » à un dispositif déjà existant puisse être vu comme un encouragement ?
Mais à l’hilarité s’ajoute la surprise puisque l’amendement de la loi égalité et citoyenneté prévoyant la mise en place de ce service civique obligatoire a disparu suite à son passage en lecture au Sénat au cours du mois d’octobre dernier.
On pourrait nous croire satisfait de cette disparition, mais la droite sénatoriale ne s’est pas seulement prononcée contre le service civique obligatoire « en raison notamment de l’incapacité matérielle et financière des structures d’accueil à le mettre en œuvre ». Mais ils ont eux aussi pensé aux jeunes en votant un amendement proposant un nouveau type de contrat aidé pour les moins de 25 ans : le « Contrat d’Emploi Appoint Jeunes » dont les revenus seraient exonérés de charges patronales et d’impôts dans la limite d’un RSA.
Ce contrat est ouvertement inspiré des mini-jobs à l’allemande, des contrats cumulables et soustraits à toute idée de salaire minimum, présentés comme étant largement responsables « du miracle économique » teuton. Seulement voilà, si l’Allemagne connaît actuellement un taux de chômage historiquement bas, c’est aussi, d’après l’OCDE, le pays développé où les inégalités et la pauvreté ont le plus progressé. Et on voit là un projet sur lequel la droite du Sénat et les socialistes du gouvernement s’accordent : augmenter la précarité au travail afin de réduire les chiffres du chômage coûte que coûte. Et ce projet sous-tend l’idée du C.E.A.J. et celle du Service Civique Obligatoire autant que celle de la loi travail.
Car ne nous y trompons pas, ces contrats précaires à destination des jeunes ne sont qu’une resucée du C.P.E. que nous avons déjà vivement refusé il y a de cela plus de 10 ans. Et ils constituent eux aussi, tout autant que les 3 mois de propagande gouvernementale prévu initialement, un projet d’endoctrinement. Il s’agit d’habituer la part la plus jeune de notre population à accepter les exigences du capitalisme néolibéral, de s’habituer à cumuler jusqu’à 5 contrats de 3h dans le mois, de s’habituer à voir le S.M.I.C. comme un horizon indépassable. Mais il s’agit aussi de mettre les travailleurs en compétition, toute réforme sur les retraites et sur le travail des jeunes finissant  par impacter les salariés dont le travail deviendra définitivement trop cher.
Ainsi le projet sénatorial est-il tout aussi préoccupant que le Service Civique Obligatoire, qu’il ne nous faut pas oublier. En effet suite à l’adoption du texte par le Sénat, et l’échec de la commission paritaire mixte à trouver un accord entre les deux chambres, ce sera à l’Assemblée Nationale, où le gouvernement possède la majorité, que la version finale du texte sera votée. Si le premier ministre reprend position sur le sujet cela nous montre que le projet n’est pas mort.

Quelques mots sur l’école

Fédéral

On nous assène que l’école est gratuite et obligatoire, que c’est un privilège, tentant ainsi de couper court à toute critique visant son efficacité et son bien-fondé. Mais qu’en est-il si on pose cette simple question : quel est le but réel de l’école  ?
Il est assez aisé de se renseigner sur les intentions de l’école. Historiquement, l’instruction publique s’est généralisée afin d’atteindre les objectifs suivants  : empêcher les communistes et autres révolutionnaires d’ouvrir leurs propres établissements et d’y parler de la justice sociale, former de bons paysans et de bons ouvriers d’une part et quelques cadres et dirigeants d’autres part. En résumé, il fallait généraliser l’école pour, à tout prix, ne rien changer à l’ordre établi.

A chaque réforme, on mesure le mécontentement que produit l’Education nationale. Tout le monde est d’accord pour dire que l’école ne fonctionne pas et qu’au fond aucun ministre n’est vraiment capable de la réformer correctement.
Bien entendu, dans le contexte actuel de crise, nombreux sont ceux qui hurlent en faveur du « rétablissement de l’autorité ». Avant le « laxisme gauchiste » l’école n’était pas contestée et les enfants filaient droit.
Ce n’est pourtant qu’une belle légende, le problème est ailleurs  !

L’école va mal. La société aussi. Cela va de pair. Disons le franchement, l’école déglingue les enfants, elle est génératrice de profonds mal-êtres autant qu’elle entretient les inégalités sociales et les dominations politiques. Cette école là il faut la détruire et combattre toute les formes d’éducation qui nuiraient à l’épanouissement personnel et à l’entente collective.

A ce titre nous affirmons plusieurs choses  :

1) Il n’est pas possible de faire véritablement confiance à l’école tant qu’elle sera un outil au service de l’État et des entreprises.

2) Les alternatives existent pour construire et faire vivre une éducation émancipatrice. Elles existent depuis que l’école existe et sont fortes d’une tradition et de savoir-faire solides, un certain nombre d’entre elles ont fait leurs preuves et continuent d’avancer dans le sens du progrès.

3) Il nous faut multiplier les terrains d’expérimentation, travailler dur jusqu’à ce que la marge devienne la norme et que l’éducation, au même titre que l’organisation de la société toute entière, soit satisfaisante.

Pour une éducation qui a du sens à Fougères comme ailleurs, retrouvons nous et parlons-en ! Après une première réunion publique en juin sur les pédagogies Freinet, notre cylce sur l’éducation continue avec un prochain débat autour d’une projection le 13 octobre à 20h30 aux Oiseaux de la tempête !

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