J'aurai voulu être anarchiste pour pouvoir faire mon numéro.

Un combat révolutionnaire

Libertaires ?

Nous sommes révolutionnaires c’est-à-dire partisans d’une transformation radicale de la société. La lutte de classe peut conduire à un renversement des priorités et des critères dans la société. Elle peut substituer des rapports de production autogestionnaires aux rapports capitalistes ; une démocratie autogouvernée et fédéraliste, à l’État ; un nouveau rapport mondial égalitaire, à l’ordre impérialiste.

Être révolutionnaire, cela ne signifie pas attendre passivement une rupture « inéluctable » : l’avenir n’est écrit nulle part, il sera ce que les hommes en feront, et à chaque situation historique le champ des possibles est largement ouvert. Il n’y a aucune raison pour que l’histoire ait atteint son stade ultime : le capitalisme ne sera pas la dernière forme de la société humaine. Mais un socialisme autogestionnaire ne lui succédera pas mécaniquement, au terme d’une « crise finale » à une seule issue possible.

Être révolutionnaire, cela ne signifie pas non plus se couper des conditions de vie et de lutte nécessairement limitées qu’impose le cadre capitaliste, tant qu’on ne l’a pas renversé. Nous refusons le « tout ou rien » et affirmons bien au contraire que la voie qui peut préparer une révolution future se trouvera au travers des contradictions de la société réelle, et de toutes les luttes partielles que l’on doit y mener.

La rupture révolutionnaire, le passage global d’une société capitaliste à une société autogérée nous paraît l’aboutissement d’un long processus historique de luttes de classe et de maturation des consciences, où les travailleurs et la population imposeront progressivement leur contre-pouvoir.

Révolutionnaires, nous ne sommes pas a priori partisans d’une solution violente. L’essentiel dans un processus de transformation est dans l’œuvre constructive, qui nécessite une autodéfense de la population pour préserver les acquis. Mais le degré de violence d’une révolution est d’abord choisi et imposé par les classes dirigeantes renversées. Elle peut donc être nécessaire. Il faut alors faire preuve de vigilance, pour se garder des excès et du danger de militarisation.

Excepté dans les situations de dictature ou d’occupation militaire ou coloniale, nous sommes opposés aux actions minoritaires violentes menées par des groupes armés coupés de la population et des travailleurs, et nous sommes notamment opposés aux attentats mettant en jeu la vie des personnes. L’action minoritaire armée, menée dans ces conditions, conduit au face à face avec l’État ; elle légitime le renforcement de celui-ci et conduit à un isolement paranoïaque.

Par ailleurs, dans le contexte de reflux des luttes, le système policier et judiciaire tend à criminaliser de nombreuses formes de luttes de masse. Aussi établissons-nous une ligne de démarcation claire entre les actions armées minoritaires isolées et les formes dures prises par les luttes des travailleurs et de la population pour la défense de leur acquis et de leurs combats.

De même, nous ne confondons pas l’action armée minoritaire avec l’illégalisme qu’impose aux organisations révolutionnaires et à la classe ouvrière un État fort niant le droit de grève ou de manifestation. Nous ne réduisons pas non plus l’action symbolique de minorités contre les images du pouvoir et de l’exploitation à un terrorisme aveugle.

Enfin, nous devons souligner que ce qui engendre l’action armée minoritaire c’est souvent le terrorisme d’État, notamment dans les pays colonisés ou du tiers monde.

Pour conclure, disons que la limite de l’action des révolutionnaires ne se fixe pas en terme de respect de la légalité imposée par l’État mais évolue en fonction de la conscience des masses en ce qui regarde la légitimité de l’action.

 

Extrait du manifeste pour une Alternative Libertaire

Le socialisme spontané des travailleurs

Libertaires ?

Notre conception du socialisme n’est pas le fruit d’une élaboration extérieure aux luttes du prolétariat. Nous affirmons au contraire que ce sont les travailleurs eux-mêmes qui ont spontanément découvert et redécouvert les bases d’une société alternative au capitalisme, à travers leurs luttes et notamment dans les périodes révolutionnaires.

Dès la révolution française nous en discernons les premiers signes. Au cours de la Commune de Paris en 1871, en Russie et en Ukraine de 1917 à 1921, en Espagne de 1936 à 1937 se sont développées les bases d’un autre socialisme possible, finalement écrasé par une nouvelle bureaucratie ou par la bourgeoisie. Chaque expérience révolutionnaire, chaque temps fort des luttes de classe est venu confirmer cette aspiration à une société et à une production réappropriées par la base, depuis les entreprises collectivisées et autogérées et les communes libres, avec une fédération organisant la société nouvelle.

Tout un courant anti-autoritaire du mouvement ouvrier s’est inspiré de ce socialisme spontané des travailleurs et c’est de lui que nous nous réclamons. Force est de constater que ce sont d’autres courants qui se sont imposés pendant des décennies : des socialismes d’État – social-démocratie, léninisme, stalinisme –, qui se sont opposés aux aspirations du socialisme spontané. Et qui ont conduit le mouvement ouvrier à l’impasse.

Le socialisme spontané des travailleurs a ouvert une perspective extraordinaire pour l’humanité, en esquissant à travers des réalisations concrètes une forme supérieure de démocratie.

Mais les expériences historiques ont également révélé des limites et des faiblesses dont il faut tenir compte. C’est pour cette raison qu’un projet cohérent porté par une organisation de militants est aujourd’hui nécessaire pour poser les problèmes auxquels se heurte et se heurtera le socialisme spontané des travailleurs. Si l’existence d’un tel projet n’est pas une garantie infaillible, elle peut néanmoins aider le mouvement autogéré des masses à surmonter ses faiblesses et limites évitables.

 

Extrait du manifeste pour une Alternative Libertaire

Une alternative aux socialismes d’Etat

Libertaires ?


Nous affirmons qu’il faut rompre avec le socialisme d’État, se ressourcer aux racines spontanées du socialisme des travailleurs, y chercher les termes d’un nouveau socialisme antiautoritaire sans lequel il ne saurait y avoir de renaissance pour la lutte révolutionnaire.

La social-démocratie

La social-démocratie repose sur l’illusion de la démocratie formelle sous la forme républicaine, la croyance en un État « neutre », au-dessus des classes, et donc retournable en faveur des intérêts des exploités.

Il y a un double leurre : la promesse de diriger l’État capitaliste contre les intérêts capitalistes ; et la perspective d’une transformation progressive de la société, pacifique et légale, réformiste, par lois et décrets, du capitalisme au socialisme.

Il s’en suit une stratégie politique inscrite dans les institutions du capitalisme, respectueuse de celles-ci. La social-démocratie est d’abord un socialisme étatiste, reposant sur la délégation de pouvoir, profitant aux politiciens et aux classes dirigeantes, bureaucratiques, et technocratiques.

Le bilan de la social-démocratie est désastreux pour le prolétariat. Instauration de « paix sociales » où les travailleurs perdent leurs capacités de résistance, soumission des organisations syndicales aux impératifs de l’électoralisme et à ceux des politiques gouvernementales lorsque la gauche est au pouvoir.

La social-démocratie s’est peu à peu révélée : une forme de gestion du capitalisme intégrant toujours plus le credo libéral.

Le léninisme et le stalinisme

Projet d’une transformation révolutionnaire de la société sous la direction d’un parti dirigeant et par la concentration de toute l’économie aux mains de l’État, le léninisme, a également fait faillite en méprisant et en combattant l’essentiel du socialisme spontané des travailleurs, autogestionnaire et fédéraliste. Le bilan est terrible, et des dictatures sanglantes ont entaché le mot même de « communisme » dont le sens réel est pourtant radicalement opposé.

L’histoire l’a maintenant démontré : l’étatisation des moyens de production n’implique pas une rupture avec le rapport capitaliste dirigeants/dirigés mais le passage d’un capitalisme éclaté, concurrent, à un capitalisme d’État, avec à sa tête la constitution d’une nouvelle classe dirigeante et exploiteuse. L’étatisme ne peut être présenté comme une forme de transition entre le capitalisme et le socialisme mais comme une nouvelle forme d’oppression des travailleurs.

Aucun parti ne peut s’autoproclamer « l’avant-garde du prolétariat », prétendre représenter la conscience de toute une classe, se substituer à celle-ci dans la direction du processus révolutionnaire et dans celle de la société, imposer sa dictature aux travailleurs au nom de leur émancipation.

La forme centraliste, fortement hiérarchisée, du parti léniniste, logique avec sa fonction de prise du pouvoir et de direction d’un État contrôlant toutes les activités sociales, conduit à la tyrannie à l’intérieur de l’organisation, à l’écrasement de toutes les autres formations à l’extérieur de celle-ci, à la coupure dirigeants/dirigés entre le parti et les travailleurs, entre le parti et la société.

La stratégie de prise du pouvoir par le parti conduit également à des pratiques détestables dans le cadre des luttes quotidiennes : schéma de la courroie de transmission soumettant les organisations de masse et les syndicats aux directives du parti, dirigisme et centralisme dans la conduite des luttes, soumission des interventions de masse des militants à l’impératif supérieur de l’intérêt du parti.

Certes nous ne tirons pas un trait d’égalité entre stalinisme et léninisme. Celui-ci est un courant révolutionnaire, alors que le stalinisme est d’abord un système de défense d’une bureaucratie en place. Mais force est de constater que c’est le léninisme qui a permis l’instauration de cette bureaucratie, et qu’il a ouvert la voie aux crimes contre la démocratie et contre les travailleurs.

Les courants social-démocrate et léniniste constituent un leurre dans la mesure où ils promettent, chacun à leur manière, de diriger l’État contre les intérêts capitalistes et en faveur des travailleurs (réforme de l’État ou construction d’un État « ouvrier » ). Les expériences gouvernementales de la social-démocratie et le bilan globalement négatif du lénino-stalinisme d’État, sont le cimetière où reposent les illusions prolétariennes de « lendemains qui chantent » .

Social-démocratie et léninisme ne peuvent cependant se réduire à des semeurs d’illusions dans le mouvement ouvrier. Ils ont en effet trop souvent servis d’arme contre le socialisme spontané des travailleurs dans la mesure où leur venue au pouvoir, pacifique ou violente, a servi à résoudre au profit du capital les antagonismes de classe : gestion des crises par les sociaux-démocrates et développement du capitalisme d’État par les léninistes.

Pis, ces courants n’ont jamais hésité à assumer un rôle ouvertement contre-révolutionnaire. Allemagne 1918, Russie et Ukraine 1921, Espagne 1937-1939, Algérie 1954-1962 : autant d’exemples de leur participation à la répression sanglante des mouvements ouvriers révolutionnaires et des révoltes des peuples colonisés.

 

Extrait du manifeste pour une Alternative Libertaire

Mettons Jupiter à terre !

Fédéral


Suppression des cotisations sociales, démantèlement du Code du Travail, réforme des retraites : le gouvernement Macron est là pour achever la destruction des droits sociaux conquis par les travailleurs et les travailleuses. Alors tirons les leçons des luttes passées et poussons vers une grève générale prolongée pour bloquer l’économie.

40 ans d’austérité

Confrontés à une croissance faible qui n’exclut pas des profits importants pour les patrons, les gouvernements de droite comme de gauche (sauf l’intermède 1981/82) appliquent loyalement le programme de la bourgeoisie : l’austérité. C’est le nom donné aux politiques qui visent à reprendre aux travailleurs et aux travailleuses les acquis sociaux et syndicaux arrachés par les luttes depuis la Libération.

Cette politique nécessairement impopulaire a provoqué l’alternance droite/gauche quasi-automatique, les électeurs et électrices mettant leur espoir dans les promesses de changement. La déception répétée finit par fragiliser tout le système politique : montée de l’abstention, vote Le Pen… la Ve République est un champ de ruines. Si les plus riches ont bien profité de la période, ils s’inquiètent maintenant que la colère populaire n’est plus canalisée dans les urnes. Les stratèges les plus éclairés de la bourgeoisie ont alors inventé Macron. Ni de droite, ni de gauche, ni même du centre : moderne !

Macron, joker de la bourgeoisie

Elu avec le relatif succès que l’on sait, Macron est mandaté pour contenir les explosions sociales et achever la destruction des acquis sociaux. En effet, si les résistances, les journées de grèves, les manifestations monstres n’ont pas suffit pour faire reculer les gouvernements, elles ont tout même freiné l’application des politiques ultra-libérales. De ce point de vue, la France est en retard, il s’agit d’en finir ! La suppression des cotisations sociales annonce la mort des protections solidaires ; le délabrement de l’éducation publique annonce la victoire de l’enseignement privé du primaire à l’université ; la destruction du Code du Travail et du droit syndical annoncent l’atomisation du salariat ; la réforme des retraites attendues pour janvier 2018 annonce le pire… Et l’introduction des mesures de l’état d’urgence dans la loi banale annonce l’aggravation de la répression contre les syndicalistes, militant-e-s écologistes, solidaires des migrant-e-s

Stop ou encore ?

Macron s’effondre déjà dans les sondages et la nouvelle politique transparente promise devient la construction secrète d’ordonnances ! Jamais le terme « rentrée sociale » n’aura été aussi vrai. Assurons donc le succès du rendez-vous le 30 août contre l’Université d’été du Medef et la journée de grève du 12 septembre.

Mais tirons les leçons des luttes passées. Les syndicats qui combattent encore nous préparent trois journées de mobilisations éparpillées en septembre. Mieux que rien mais insuffisant pour gagner. Quitte à perdre trois jours de salaire, c’est un appel à trois jours de grève générale que les syndicats et les salarié-e-s doivent construire. Trois jours de blocage de l’économie, des zones industrielles et des quartiers, des lycées et des facultés. Alors nous serons en meilleure situation pour décider des suites au matin du quatrième jour et pour faire grandir les forces de la rupture anticapitaliste !

Via alternativelibertaire.org

La nécessité d’un projet révolutionnaire

Libertaires ?


Un nouveau projet révolutionnaire est nécessaire, alternatif aux socialismes d’État et au libéralisme.

Par projet révolutionnaire nous entendons le projet d’une société socialiste, et le projet politique, stratégique, qui propose une voie pour préparer les conditions d’une révolution autogestionnaire en partant des conditions actuelles.

L’utopie peut avoir une incidence décisive sur les mouvements sociaux. En stimulant l’imagination collective, elle alimente les luttes immédiates, tant dans leur forme que dans leurs objectifs, et elle peut donner force et crédit à l’anticapitalisme en explorant les possibilités d’une société alternative. L’imaginaire est nécessaire pour transformer les réalités.

S’il nous semble nécessaire que notre courant porte un tel projet, nous ne prétendons pas pour autant nous substituer à l’élaboration collective des mouvements sociaux. Nous distinguons donc notre projet spécifique, élaboré depuis nos réalités et l’intégralité de nos aspirations, et les projets que les mouvements de masse se donneront eux-mêmes dans certaines époques historiques.

Notre projet n’a pas la prétention de prédire l’avenir, ni de tout prévoir, ni d’être un ensemble de promesses, ni d’être le plan tout prêt d’un socialisme à construire tel quel. C’est bien évidemment à travers leurs expériences que les travailleurs trouveront leurs réponses à nombre de questions de société. Mais dans cette élaboration, nos propositions peuvent avoir valeur de contributions et d’incitation, infléchissant le débat d’idées et les pratiques dans le sens le plus libertaire, le plus autogestionnaire possible.

L’élaboration d’un projet révolutionnaire s’appuie sur les expériences historiques et sur les expériences contemporaines des luttes. Tenant compte des difficultés rencontrées dans les processus historiques réels, il tentera des réponses réalistes. De même il doit prendre appui sur le développement technologique et les conditions culturelles d’aujourd’hui.

Le projet révolutionnaire nécessite donc une réévaluation régulière, intégrant les expériences nouvelles des luttes sociales et les avancées de la société.

L’élaboration et la défense d’un projet libertaire contemporain implique la révision et l’abandon d’un certain nombre de mythes, d’erreurs, et d’idées dépassées, portées historiquement par le mouvement révolutionnaire et par les courants libertaires. Elle ne peut avancer sans que l’on tourne le dos aux dogmatismes et aux archaïsmes.

 

Extrait du manifeste pour une Alternative Libertaire

Les finalités d’un socialisme anti-autoritaire

Libertaires ?


Le socialisme pour lequel nous combattons, le socialisme anti-autoritaire, veut une transformation radicale de la société concrétisant le socialisme spontané des travailleurs, réalisant les aspirations égalitaires et libertaires maintes fois exprimées dans les luttes de classe des exploités et dans les luttes émancipatrices des femmes et des opprimés.

Le socialisme anti-autoritaire, c’est la recherche d’une démocratie authentique : le peuple souverain auto-instituant la société, auto-gouvernant sa politique, autogérant sa production.

Démocratie enfin réalisée, parce que les rapports de production, le rapport salarial sont brisés, que les grands moyens de productions sont socialisés, collectivisés à la base et non étatisés, que l’autogestion se substitue au rapport dirigeants/dirigés, et qu’ainsi la division de la société en classes antagonistes est remplacée par une communauté humaine en réunification, socialement et politiquement égale et libre.

Démocratie authentique, parce que l’appareil d’État – c’est-à-dire l’appareil de domination des classes exploiteuses – est brisé, remplacé par une organisation fédéraliste de la société et par l’autogestion généralisée exercée sur toutes les grandes décisions, la souveraineté collective en acte, la Démocratie « de bas en haut » ou « de la périphérie vers le centre », le pouvoir aux Assemblées de base et à leurs conseils librement associés.

Le socialisme anti-autoritaire c’est le combat pour une société où l’individu soit à la fois libre et responsable. Libre dans un monde réel, où pèsent les nécessités matérielles, et dans une société où on participe aux tâches communes et à la responsabilité collective. Libre totalement de parole, d’expression, de création ; libre de son mode de vie, de sa sexualité, de sa culture. Et responsable, maître de son travail, participant au côté de tous et à égalité avec tous à l’autogestion de la production et de la société. Égal à tous, et donc accédant à égalité avec tous à la répartition des produits du travail. La finalité du socialisme anti-autoritaire c’est la construction d’une société où la collectivité solidaire permette à l’individu de s’épanouir dans ses spécificités. Une société où s’équilibrent et s’épaulent mutuellement l’individu, le local, le particulier et le collectif, le social, le culturel : une société égalitaire et libertaire.

Le socialisme anti-autoritaire donc comme exigence la désaliénation de tous et de toutes, la fin de toutes les oppressions, des racismes, des xénophobies, des intolérances, et du patriarcat. Ce qui passe nécessairement par une transformation radicale du mode de production, à la fois dans ses structures, ses formes d’organisations et de pouvoirs, et dans ses buts. C’est la fin d’une production déterminée par le profit. C’est le début d’une production tournée vers la satisfaction égalitaire des besoins exprimés socialement, ce qui ne signifie ni nivellement ni uniformisation dans une société fondée sur l’émancipation des individus et des communautés de base, c’est-à-dire sur la multiplicité autant que sur l’harmonisation des modes de vie. C’est une production qui rompt avec le productivisme, la course folle et destructrice du cadre de vie, et qui ouvre donc la voie à un rapport nouveau réintégrant la communauté des humains dans l’équilibre de l’écosystème. C’est une production où le travailleur, chaque travailleur, et collectivement le prolétariat et les autres couches dominées par le capitalisme, échappe au travail aliéné et aliénant, dominé, dirigé, pour accéder à un travail maîtrisé et ouvert à la créativité individuelle et collective.

Le socialisme anti-autoritaire c’est la fin d’un certain ordre du monde. La fin du colonialisme et de l’impérialisme, au profit d’un rapport égalitaire et solidaire entre tous les peuples, fondé sur l’autonomie, la production autocentrée pour chaque région, et la péréquation des richesses entre pays riches et pays pauvres. La fin de l’ordre étatique, au profit d’une fédération libre des régions autogérées. La fin des frontières et de la menace de guerre, pour un monde sans barrières et totalement démilitarisé.

 

Extrait du manifeste pour une Alternative Libertaire

Le contre-pouvoir et la rupture révolutionnaire

Libertaires ?


La révolution libertaire n’est pas une simple révolution politique substituant une équipe dirigeante à une autre, ou transformant les termes de la Constitution. C’est une révolution globale, touchant toutes les formes politiques, culturelles, économiques de la société. C’est pourquoi nous parlons de révolution sociale.

Les conditions de la révolution – ce qui peut conduire un peuple et des peuples sur la voie d’un tel bouleversement – ne sont ni uniquement idéologiques, ni uniquement « objectives ». La révolution n’est pas l’aboutissement mécanique d’un développement des forces productives. Elle n’est pas non plus le pur produit d’un processus idéologique. Elle ne peut survenir qu’au terme d’une dynamique ayant à son cœur les pratiques sociales, les pratiques réelles des masses et des individus, leurs luttes, qui se déploient dans les conditions matérielles de chaque époque, et qui permettent une prise de conscience collective et l’émergence de projets de transformation de la société portés de plus en plus largement.

La révolution sociale est donc préparée par un processus historique où la prise de conscience des individus et des classes sociales est l’élément central, qui s’appuie sur une expérimentation concrète à travers les luttes de classe, les luttes émancipatrices, et leur auto-organisation. Nous nommons contre-pouvoir ce processus. C’est en faisant eux-mêmes l’apprentissage de l’autogestion que les travailleurs poseront les bases d’une société alternative. C’est parce que le capitalisme et l’État apparaîtront comme des cadres trop étroits, étouffant cette montée des aspirations et des pratiques autogestionnaires de la base de la société, que celle-ci s’armera du désir de révolution.

La liberté n’est pas pour nous une fin lointaine autorisant le recours à n’importe quel moyen, mais au contraire et le but et le moyen. C’est une dynamique d’action et de conscientisation que nous proposons, non sous la conduite de dirigeants aveuglément suivis, mais au contraire par l’autogestion de luttes où s’expriment et se réalisent la base et les individus.

Le contre-pouvoir est donc une stratégie politico-sociale de préparation des conditions de la révolution sociale qui s’inscrit dès maintenant dans les combats quotidiens. Elle s’appuie sur les luttes revendicatives en dépassant le cadre imposé par le pouvoir des classes dominantes pour développer des contre-pouvoirs à la base. C’est en se coordonnant et en se fédérant que ces contre-pouvoirs tendront à s’ériger en organisation alternative à l’État.

La rupture révolutionnaire est le produit de tout ce processus, qui peut s’étendre sur de longues années : c’est le renversement des pouvoirs institués, patronaux, étatiques, par le contre-pouvoir, qui devient le pouvoir nouveau. Elle s’appuie sur une dynamique de réappropriations à la base de la vie sociale et de la production, en leur offrant le cadre nécessaire à leur systématisation.

La rupture anticapitaliste est le produit de deux mouvements articulés, indispensables l’un à l’autre. Il n’y a pas rupture révolutionnaire s’il n’y a pas réappropriation des moyens de production par les travailleurs. Et donc la lutte dans les entreprises et plus largement autour des questions du travail et de la production est bien un front prioritaire pour la lutte révolutionnaire. Mais il n’y a pas non plus de rupture sans un second mouvement social qui se développe hors de la production, gagnant de larges pans de la population et touchant tous les rouages de la société. Et donc l’entreprise ne saurait être la seule priorité du combat révolutionnaire.

Le prolétariat – dans la définition large qui est la nôtre – est bien la classe motrice et inspiratrice de la révolution sociale. Mais elle ne sera pas nécessairement la seule classe à mener la révolution. Elle a objectivement intérêt à s’allier à d’autres catégories de la population afin de réaliser un large front anticapitaliste. Il s’en suit que le nouveau pouvoir ne sera pas exclusivement le pouvoir du prolétariat – même s’il y pèse de façon décisive – et encore moins sa dictature, mais le pouvoir d’un groupe social nouveau, produit des nouveaux rapports de production autogestionnaires, s’unifiant dans un statut de citoyen-travailleur participant à la direction socialisée de la production, des études, et de la société.

Ce nouveau pouvoir ne pourra s’étendre immédiatement à l’ensemble de la population où s’exprimeront aussi les adversaires de la nouvelle société. C’est d’ailleurs là une des contradictions majeures de la révolution autogestionnaire dans sa première phase : construire une démocratie incomparable, et devoir combattre une partie de la population regroupée autour des vestiges de l’ordre ancien. Mais la dynamique est celle d’une disparition progressive des différences de classe.

Il y a donc, après la rupture révolutionnaire, une succession de phases de construction, et la première phase est encore marquée par les divisions héritées du capitalisme. Mais dès les premiers jours ce sont des rapports de production collectivistes – communistes au sens authentique – qui tendent à se mettre en place déjà dans les grands moyens de production et c’est aussi sur le mode de l’autogestion que se réorganisent les services publics et les solidarités naguère ébauchés et contrôlés par l’État. Et celui-ci est immédiatement remplacé par une nouvelle forme de centralisation et de décentralisation dialectique : le fédéralisme. Il y a donc succession de transitions où s’approfondit la construction du communisme, mais absence d’une société de transition étatisée intercalée entre capitalisme et communisme et différente de l’un et de l’autre.

Dans tout ce processus révolutionnaire – qui commence par des pratiques quotidiennes de contre-pouvoir – le rôle d’un courant organisé anti-autoritaire nous paraît nécessaire. Nous refusons le rôle dirigeant que le léninisme attribue au parti révolutionnaire et qui conduit celui-ci à se substituer aux masses et finalement à imposer un système générateur de bureaucratie. Mais les révolutionnaires ont à jouer un rôle d’animateurs et de guides. Leur propagande entre dans la dynamique de prise de conscience de la population, en proposant une critique radicale du capitalisme et une systématisation du socialisme spontané des travailleurs. Leur action concertée, convergente, organisée, est nécessaire dans les luttes de classe pour aider au développement de l’auto-organisation et à l’émergence de projets alternatifs.

Cette intervention volontaire est une des conditions du développement d’un processus qui n’obéit à aucune loi « inéluctable », et où la spontanéité a déjà montré dans l’histoire son extraordinaire valeur mais aussi son incapacité à mener seule le renversement de la société et l’institution d’un socialisme libre.

La présence active d’un courant organisé anti-autoritaire peut être décisive pour éviter les déviations bureaucratiques : un courant ayant les moyens de se faire entendre massivement par les travailleurs et les jeunes, mais également fortement implanté, formé de nombreux militants actifs dans les mouvements sociaux, en situations d’animateurs écoutés et influents. Nécessité de l’organisation, qui ne doit pas faire oublier que celle-ci peut tomber à son tour dans le dirigisme quelque soit ses prétentions libertaires, et qu’une autovigilance de tous les instants est indispensable, ainsi qu’une autogestion de la structure militante permettant la direction collective de l’organisation par sa base immergée dans la société.

 

Extrait du manifeste pour une Alternative Libertaire

Pour un communisme libertaire

Libertaires ?


Le projet de société que nous proposons s’appuie sur les expériences concrètes des travailleurs et des peuples révolutionnaires : communes libres, conseils ouvriers, fédérations, syndicalisme révolutionnaire.

Nous nommons ce projet communisme libertaire, non par référence au courant « communiste » marxiste-léniniste, mais dans la continuité d’un courant plus ancien et plus large, antiautoritaire, syndicaliste, conseilliste.

« Communisme » : une société fondée sur la mise en commun des moyens de production, sans appropriation privée ou privative, centralisée, c’est-à-dire sans classe et sans État.

« Libertaire » : une société qui a pour objectif et pour condition l’émancipation de la société, des travailleurs et des individus, qui passe par l’égalité économique et la démocratie de bas en haut de la production et de toute la société.

Le communisme libertaire est le projet d’une société en évolution, animée par un processus révolutionnaire permanent, qui étend progressivement la société nouvelle sur toute la surface terrestre, et qui gagne et intègre peu à peu toute la population.

Nous indiquons ici quelques grands axes de ce projet, tel que nous pouvons le concevoir pour la première phase de construction, c’est-à-dire alors que toute la population n’a pas encore été gagnée, que la révolution a encore de nombreux ennemis à l’intérieur et à l’extérieur, et qu’il faut faire avec l’héritage technologique tout en commençant immédiatement à le transformer.

Des rapports de production autogestionnaires

Par socialisation des moyens de production nous n’entendons pas concentration de ceux-ci aux mains de l’État mais possession collective par l’ensemble de la société, autogestion de la production dans sa globalité, et autogestion de chaque unité par ceux qui s’y emploient.

Par autogestion nous entendons pouvoir de décision collectif des assemblées de travailleurs, avec liberté totale d’expression et votes démocratiques. L’autogestion abolit les rapports de production capitalistes dirigeants/dirigés, avec l’organisation hiérarchisée et parcellisée du travail qu’ils impliquent. Dans l’autogestion les responsables, coordonnateurs, délégués, sont élus par les assemblées de base ; ils peuvent être révoqués par elles à tout moment, et ils sont soumis à la direction collective de la base, tenus d’appliquer les grands choix, les mandats impératifs adoptés et régulièrement renouvelés par les assemblées de base et les conseils locaux.

Le renversement des rapports de production repose sur une transformation radicale de la nature du travail. Les fonctions manuelles et intellectuelles, séparées par le capitalisme, sont réunifiées : chaque travailleur participe à la conception et à la décision, il est décideur pour la production et pour la société. Son temps de travail incorpore ces tâches de décideurs (y compris sur les questions « politiques » concernant la région, la société), les tâches d’exécution, et un temps très étendu de formation continue. Le temps n’est plus soumis à la division héritée du capitalisme entre travail parcellisé et loisir. Dans le cours de sa vie, le travailleur alterne participation à la production collective et participation à la vie sociale comme autant de formes de son épanouissement.

Cette transformation du travail, sa désaliénation, est le noyau central d’un profond processus de transformation remodelant radicalement le tissu productif et les technologies. Celles-ci devront s’adapter à ce nouveau mode de production et aux nouveaux critères de la société, ouvrant une période d’innovations et de renouvellement.

La production échappe aux impératifs des profits. Ce sont les besoins humains qui deviennent déterminants. Ces besoins ne sont pas et ne seront jamais « objectifs » : ils répondent à des données culturelles, à des aspirations personnelles, mais aussi à ce que la production propose. Il y a donc une grande diversité de besoins qui appellent un système forcément complexe de détermination des impératifs de production. Deux mécanismes parallèles nous paraissent pouvoir être mis en place. L’un de planification et de coordination générale autogérée, qui centralise les besoins recensés dans les communes et les régions, les unités et les fédérations de production. Cette planification assure la mise en œuvre collective des grandes transformations. Et elle garantit à tous la satisfaction des besoins fondamentaux, de façon libre, gratuite, solidaire : logement, santé, formation, nourritures de base… L’autre mécanisme recouvrirait l’intervention spontanée des individus et des communautés de base s’exprimant dans un marché libéré des contraintes de l’économie marchande mais permettant l’accès libre de chacun aux produits et aux services de son choix.

Une Démocratie fédéraliste et autogestionnaire

La Démocratie fédéraliste autogestionnaire repose sur les Assemblées de base des travailleurs et sur les communes. Elle structure la société à partir des régions, afin de créer des espaces de pouvoir collectif directement contrôlables par la population. Ces espaces régionaux autogérés ne reproduiront pas nécessairement le découpage des actuelles régions administratives. Elle vise à la fédération internationale des régions, à vocation universelle. Elle se donne des règles communes autogestionnaires, intégrant les droits acquis par l’appropriation collective des moyens de production. Ces droits et ces règles s’imposent à toutes les régions, garantissant la protection de chaque individu et de chaque communauté. Au-delà, la plus grande autonomie s’exprime à la base, dans les communes, dans les régions fédérées.

Le fédéralisme est une forme d’organisation et de centralisation/décentralisation qui permet d’éviter l’écueil du centralisme bureaucratique et celui d’une atomisation de la société. C’est l’équilibre entre l’initiative et l’autonomie des unités fédérées, et la solidarité entre toutes : une interdépendance sans hiérarchie, où les choix collectifs sur les questions communes sont prises et appliquées par tous. Le fédéralisme implique une conception ouverte, dialectique, de la société comme lieu où on peut tendre à équilibrer le champ du général et celui du particulier, mais sans jamais pouvoir réduire l’un à l’autre.

Le fédéralisme conduit à une structuration stabilisée de la société. La coordination de la production est assurée par des fédérations par branches. Chaque région fédère les communes et les unités de travail. Les régions forment une fédération internationale avec une large part d’autonomie. Chaque fédération est coordonnée par un conseil très large de représentants de la base, formé d’élus directs étroitement contrôlés et en lien avec leur mandants. Chaque fédération nomme des responsables soumis à la direction de la base.

Les conseils des fédérations régionales, professionnelles, etc. ont donc à charge de centraliser le pouvoir de la base, non pas en l’exerçant en son nom mais en organisant le débat démocratique. En assurant des consultations régulières de toute la population concernée s’exprimant depuis la base et tranchant entre les diverses options dégagées. Le conseil de la fédération est ensuite tenu d’exécuter les décisions démocratiques. Ces consultations se réservent aux grandes questions, aux grands choix, tandis qu’une très large part d’initiative est assurée aux unités fédérées.

Le mandat de la base n’est pas livré au seul moment de l’élection des délégués ou des responsables, et au vu des promesses des candidats ou des programmes de leurs organisations éventuelles. Le mandat impératif est donné sur un contenu décidé par la base et renouvelé régulièrement. La démocratie du bas vers le haut représente une forme radicalement nouvelle de pouvoir collectif, en rupture avec la division dirigeants/dirigés, gouvernants/gouvernés, la coupure entre l’État et la société de tous les systèmes de classe. Chaque « citoyen-travailleur » étant associé à ce pouvoir, le gouvernement est descendu dans l’atelier et dans la commune : c’est l’autogouvernement de la société, qui répond naturellement à l’autogestion de la production.

Les différences entre État parlementaire et fédération autogestionnaire sont radicales. Renversement du pôle du pouvoir, les instances de coordination centrales étant placées sous la direction de la base. Élection démocratique des délégués et responsables, délégation de tâches pour la coordination et les décisions courantes, mais refus de la délégation du pouvoir sur les grandes décisions, et donc démocratie directe. Les partis perdent leur rôle de vecteurs du débat et de force de direction de la société : les formations politiques peuvent s’exprimer librement et nourrir le débat démocratique, mais les délégués sont mandatés par la base et non par les partis.

La démocratie autogestionnaire implique la liberté absolue d’expression et d’organisation, la liberté du culte, la liberté totale de la presse.

Enfin la nécessité de défendre la nouvelle société de ses ennemis intérieurs et extérieurs, tout comme une persistance de la délinquance – en tout cas dans cette première phase – ainsi que des comportements et actes racistes ou sexistes, entraînent la nécessité d’un droit, d’une justice organisée, et de formes d’autodéfense militaire. Mais il s’agit bien de détruire les organismes répressifs de l’ancienne société et de mettre sur pied des structures étroitement contrôlées par la population et les conseils. Les risques de militarisation ou d’ordre policier sont évidents dans une période révolutionnaire et exigent une vigilance aiguë, avec en finalité une société complètement démilitarisée et dépolicée.

 

Extrait du manifeste pour une Alternative Libertaire

Un courant nouveau

Libertaires ?

Nous nous inscrivons dans une filiation historique qui prend ses racines aux débuts du mouvement ouvrier. Mais en même temps nous nous définissons comme un courant nouveau, produit d’une volonté de synthèses et de dépassements multiples.

Nous sommes dans la continuité des grands courants antiautoritaires de l’histoire, qui ont cherché à traduire les aspirations du socialisme spontané des travailleurs. Les collectivistes antiautoritaires de la première Internationale, les syndicalistes révolutionnaires et anarcho-syndicalistes, les communistes libertaires ou anarchistes communistes ont assuré la permanence d’un courant libertaire de lutte de classe dont nous nous réclamons.

Cette référence n’implique ni soumission à une doctrine figée ni apologie du passé. La référence est critique, elle n’épargne pas les faiblesses, les carences, les erreurs. Les tendances auxquelles nous nous référons sont vivantes, contradictoires, liées aux époques où elles sont apparues. Nous voulons bénéficier des acquis d’un courant majeur du mouvement ouvrier, et en rejeter tout ce qui nous semble dépassé ou erroné.

Nous sommes à la fois syndicalistes révolutionnaires (ou anarcho-syndicalistes) et communistes libertaires. Nous proposons donc une synthèse de l’ensemble des composantes libertaires « lutte de classe » et dans ce sens déjà nous constituons un courant nouveau.

Nous ne prétendons à aucun monopole. Diverses organisations et regroupements se réclamant d’une filiation libertaire existent. Nous sommes pour le débat, pour que les forces soient mises en commun aussi souvent que possible, sans nier les spécificités de chacun. Un même souhait de confrontations et d’unité nous conduit à refuser les sectarismes entre toutes les forces qui combattent le capitalisme.

Mais notre effort de synthèse ne s’arrête pas aux seuls courants libertaires. Nous cherchons une fusion des acquis positifs de l’ensemble des courants révolutionnaires.

L’avenir du marxisme révolutionnaire dans ce qu’il a de non jacobin, de non dirigiste, nous paraît être impensable, après la faillite historique du léninisme sans un ressourcement et une fusion avec le courant libertaire ouvrier. Et celui-ci a tout à gagner en intégrant, tout en le dépassant, le meilleur de Marx, du marxisme révolutionnaire et du conseillisme.

Nous faisons nôtre la recherche et la pratique d’une conception de l’histoire et d’une méthode d’analyse qui intègre les dimensions matérialiste et dialectique, échappant à un déterminisme économique simpliste et mécaniste. Avec Marx et Bakounine, nous nous opposons à une conception idéaliste de l’histoire, trop souvent d’un étroit moralisme ou manichéisme, et nous privilégions, à partir des facteurs sociaux, matériels mais également, dialectiquement, des facteurs culturels, psychologiques, conscients, la conception selon laquelle ce sont les hommes qui font leur histoire. Il y a, dans les débats menés aux premiers temps du mouvement ouvrier, avec leurs diversités et leurs contradictions, un grand capital de réflexion philosophique qu’il nous paraît nécessaire d’intégrer dans l’élaboration d’une conception de l’histoire et d’une méthode d’analyse actuelle, échappant au déterminisme économique tout en rappelant l’importance décisive des facteurs sociaux et matériels.

La synthèse que nous recherchons ne se limite pas non plus à une confrontation positive des courants marxistes révolutionnaires et libertaires. Nous nous tournons également vers les acquis d’autres courants révolutionnaires et radicaux : autogestionnaires, écologistes, féministes, gauches syndicales…

Ce processus d’ensemble, de synthèses et de dépassements, mais aussi d’innovations et d’intégrations aux conditions renouvelées de la lutte de classe, est une des conditions de l’émergence d’un nouveau courant dans le mouvement ouvrier à l’affirmation duquel notre organisation s’efforce de travailler.

 

Extrait du manifeste pour une Alternative Libertaire

Une organisation autogérée

Libertaires ?


Notre organisation n’est pas un parti : elle n’a pas pour vocation de briguer les voix des électeurs et de s’intégrer au jeu des institutions étatiques.

L’activité essentielle de l’organisation est d’appuyer, par sa politique et sa propagande, par sa réflexion collective, par la formation, l’aide qu’elle apporte, par l’action de ses membres, le développement des luttes anticapitalistes et l’auto-organisation, vers un contre-pouvoir de la base de la société et une rupture avec l’ordre capitaliste.

L’organisation repose, et ce jusqu’à ce que les adhérents en décident autrement dans un esprit fédéraliste autogestionnaire et selon les modalités du contrat, sur le présent manifeste pour une alternative libertaire. Ni programme historique, ni déclaration de principe immuable, ce manifeste n’est en effet qu’un moment d’un processus théorique, pratique et organisationnel qui contient lui-même une dynamique potentielle de dépassement.

Un contrat statutaire fixe les règles du fonctionnement de l’organisation et lie tous les membres librement associés.

Les orientations stratégiques de l’organisation, ses prises de positions, ses décisions sont soumises aux débats, à la direction collective, aux votes de la base de l’organisation. Celle-ci constitue ainsi un terrain d’expérimentation pour la démocratie autogestionnaire et fédéraliste.

L’organisation est donc une fédération autogérée, placée sous la responsabilité collective de l’ensemble de ses militants. Renversant l’image traditionnelle du parti hiérarchisé, mais sans nier la nécessité et l’importance des activités de coordination et d’animation de l’organisation, nous cherchons à établir un cadre de débat et d’intervention horizontalisé et décentralisé.

L’organisation est un lieu pluriel où, sur un fond identitaire commun, une grande diversité d’opinions peuvent s’exprimer librement. S’il est naturel qu’elle se donne démocratiquement une orientation majoritaire, elle n’en garantit pas moins scrupuleusement les droits des minorités et des groupes de base à l’expression, dans le débat interne bien sûr, mais aussi dans la presse de l’organisation, selon des modalités établies par le contrat statutaire.

L’organisation cherche la convergence des actions de ses membres dans un soucis évident d’efficacité. De même elle défend une orientation majoritaire. Mais elle respecte la liberté de parole et d’action de chacun. Liés par les règles statutaires lorsqu’il s’agit de parler ou d’agir au nom de l’organisation, chacune et chacun n’obéit qu’à ses propres choix lorsqu’il intervient dans les mouvements sociaux.

Courant de lutte de classe, nous priorisons l’expression auprès du prolétariat et l’implantation dans ses lieux de vie et de travail. Mais nous ne négligeons ni l’implantation dans la jeunesse ni une présence sur l’ensemble des mouvements sociaux.

L’organisation se refuse à tout rapport de direction ou de substitution en direction des luttes des travailleurs et de la population. Elle peut participer à l’organisation d’initiatives et de mobilisations. Mais la direction des luttes sociales doit appartenir à la base, même si les militants de notre courant peuvent compter parmi les animateurs de ces luttes.

Notre combat est international et la construction de notre courant passe par la multiplication des initiatives, vers une structuration internationale.

 

 Extrait du manifeste pour une Alternative Libertaire

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