J'aurai voulu être anarchiste pour pouvoir faire mon numéro.

Une stratégie reposant sur les luttes sociales et leur autogestion

Libertaires ?


Seules les luttes directes menées à la base peuvent imposer de véritables transformations contraires aux intérêts capitalistes. Nous opposons une stratégie de luttes sociales motrices des changements à la stratégie social-démocrate de transformations opérées depuis les institutions étatiques par les partis politiques.

Les acteurs et les décideurs de ces transformations ne sont donc pas les dirigeants politiques ou les minorités militantes, mais les travailleurs, la jeunesse, la population, s’inscrivant dans des mouvements de masse qui associent sans élitisme le plus grand nombre possible de concernés.

L’autogestion des luttes, le pouvoir aux Assemblées générales, leur coordination démocratique, sont les conditions et les formes nécessaires pour que la base remplisse ce rôle de décideur collectif. De multiples expériences ont démontré la validité de la démocratie directe.

Les militants peuvent apporter une aide décisive au déclenchement et à la conduite des luttes de masse. Loin de nier leur importance et la nécessité de leur action, nous proposons aux minorités conscientes et actives une conception autogestionnaire du rôle des animateurs des luttes. Placés souvent en situation active, organisateurs, porte-parole, coordonnateurs, délégués, l’intervention des militants autogestionnaires est nécessairement contradictoire, puisqu’elle tend en même temps à l’autodirection des mouvements par la base, à la prise de parole par tous, qu’elle fait appel à la prise de conscience et à la responsabilisation collective. Cette dialectique vivante est nécessaire. Elle peut permettre d’éviter deux écueils : celui du dirigisme, et celui d’un spontanéisme où les minorités refuseraient d’assumer leurs responsabilités.

L’autonomie ouvrière, et plus largement celle de tous les mouvements sociaux, est nécessaire à cette affirmation de la base sociale comme sujet maîtrisant ses luttes. Autonomie par rapport aux institutions étatiques et aux pouvoirs patronaux. Autonomie par rapport à toute forme de direction extérieure.

Les luttes sociales ne se limitent pas à celles que les travailleurs mènent dans les entreprises. La remise en question globale du système passe aussi par d’autres mobilisations de masse autogérées : celles de la jeunesse, des chômeurs et précaires, les luttes sur l’habitat, le cadre de vie, l’écosystème, les droits des femmes, les luttes contre le racisme…

Dans une telle conception des luttes sociales, nous donnons la priorité, non pas à la radicalité idéologique, mais à la possibilité de mobiliser, de faire agir, débattre collectivement des franges importantes des travailleurs, de la population.

Une révolution autogestionnaire ne pourra se construire sans l’affirmation d’une volonté massive de la société. L’impact de nos luttes d’aujourd’hui sur la conscience collective dépendra bien évidemment de nos capacités à développer des pratiques autogestionnaires et alternatives à un niveau de masse.

Dans cette optique, nous combattrons les tentations avant-gardistes, les minorités s’autoproclamant représentantes de la base. Il s’agit dans un premier temps de construire des mouvements réellement représentatifs, tout en y avançant des propositions visant à dépasser leurs limites propres (isolement, corporatisme,…) et en y soutenant des orientations autogestionnaires.

Cela ne signifie pas la condamnation de toute action minoritaire, mais cela signifie que toute action minoritaire doit s’inscrire dans une perspective d’élargissement à un niveau de masse.

Nous affirmons que les luttes revendicatives – dont les objectifs ne sont donc pas, par définition, révolutionnaires – peuvent entraîner la mobilisation massive des exploités et permettre des prises de conscience et des expérimentations concrètes d’auto-organisation porteuses de ruptures anticapitalistes.

De grands objectifs de transformation, des projets alternatifs, portés par des mouvements de masse, peuvent faire avancer l’aspiration à un changement global de société.

De même des réalisations alternatives, des coopératives et des activités associatives autogérées, peuvent être porteuses d’une remise en question globale de la société, si elles savent rester en lien avec les travailleurs, la population, les luttes de classe.

Nous ne sommes donc opposés en soi ni aux revendications ni aux réformes. La ligne de démarcation entre « réformisme » et « lutte de classe » se situe à nos yeux entre réformes arrachées par des luttes autonomes, ou réformes octroyées délibérément par les pouvoirs ou négociées à froid.

On ne saurait toutefois trop dénoncer la faculté de récupération du système capitaliste, et sa capacité à remettre en cause ultérieurement tout ce que les rapports de force peuvent lui imposer.

 

Extrait du manifeste pour une Alternative Libertaire

Un combat syndicaliste révolutionnaire

Libertaires ?

La lutte revendicative passe le plus souvent dans les entreprises par l’action syndicale. Nous préconisons la participation active au syndicalisme compris d’abord comme une certaine pratique de masse et de classe des travailleurs, mais sans anticiper sur les formes d’organisation que les travailleurs pourraient se donner dans le cadre d’un processus alternatif.

L’organisation syndicale étant, ou devant être, un outil au service de cette pratique de terrain.

Nous sommes conscients que le mouvement syndical est par nature – comme toutes les luttes menées contre le capitalisme dans une période non révolutionnaire – traversé par une contradiction entre intégration et rupture. Et que l’intégration génère une tendance lourde aux compromis sociaux et à la bureaucratie.

Nous défendons un syndicalisme révolutionnaire opposé aux pratiques, aux orientations, aux structures dominantes dans les organisations syndicales. Nous préconisons l’indépendance syndicale, la démocratie interne et le fédéralisme, le soutien à l’auto-organisation des luttes et le respect de l’unité ouvrière, une pratique interprofessionnelle et de solidarité internationale, et une finalité de transformation autogestionnaire de la société.

Le choix d’adhérer à tel ou tel syndicat appartient en toute liberté à chacun d’entre nous. Nous pouvons être conduits à inscrire notre syndicalisme révolutionnaire dans des cadres très différents : grandes confédérations d’orientation réformiste, structures syndicales plus petites ou plus sectorielles de lutte de classe, collectifs de travailleurs ayant une pratique de nature syndicale. L’essentiel est pour nous la possibilité réelle, offerte par telle ou telle structure, de faire un syndicalisme de masse dans l’entreprise, et l’existence de collectifs militants.

Notre syndicalisme se pense donc essentiellement en terme de pratique de terrain et s’inscrit d’abord dans les structures de base. C’est au service de cette activité des collectifs de base que des camarades peuvent être mandatés à tous postes et à tous niveaux par les adhérents et militants.

Syndicalistes révolutionnaires, nous refusons la division du travail social-démocrate entre parti qui s’occupe de la politique, c’est à dire aussi de toutes les questions de société, et syndicat cantonné aux revendications immédiates dans l’entreprise. Pour nous l’organisation syndicale doit être porteuse de sa propre stratégie politique de transformation de la société, élaborée en toute indépendance.

Enfin nous refusons le rôle de « courroie de transmission » que le léninisme veut imposer à l’organisation syndicale. S’il est naturel que le fait syndical comme tout les faits de société importants soit discuté partout y compris dans les courants politiques, nous réfutons la pratique de « fraction » qui conduit ses membres, quelle que soit leur opinion, à appliquer les positions majoritaires ou les directives de leur parti dans le syndicat.

 

Extrait du manifeste pour une Alternative Libertaire

Un combat internationaliste

Libertaires ?

Le capitalisme s’est construit à l’échelle mondiale. Une stratégie de lutte de classe serait donc impensable si elle se limitait à un seul pays. Les enjeux sont internationaux, et les mouvements sociaux ont là un retard important à combler. Un combat pour une orientation internationaliste est nécessaire, qui devra passer sur le corps de bien des résistances nationalistes et localistes.

Nous sommes résolument pour l’organisation de coordinations internationales sur toutes les branches d’activités et sur tous les fronts.

Un combat internationaliste passe à la fois par une solidarité et par des actions internationales. Solidarité internationale, avec les luttes du monde, avec les militants, entre les peuples. Actions concrètes coordonnées, unités internationales à construire pour s’affronter à des pouvoirs depuis longtemps multinationaux.

Un combat internationaliste vise donc à la multiplication des liaisons et des luttes, pour qu’émerge le projet d’une vaste solidarité des contre-pouvoirs ouvriers et populaires contre les classes dirigeantes de l’Est et de l’Ouest du Nord et du Sud.

La perspective est bien la refondation d’un nouveau mouvement international, anticapitaliste et anti-autoritaire, imposant une paix juste et le projet d’une planète entièrement démilitarisée où les frontières entre les hommes auraient été renversées.

Cet objectif est encore plus indispensable avec l’instauration d’un nouvel ordre mondial, sous dominance des États-Unis, et dans lequel les possibilités de chaque peuple sont de plus en plus limitées.

 

Extrait du manifeste pour une Alternative Libertaire

Un combat révolutionnaire

Libertaires ?

Nous sommes révolutionnaires c’est-à-dire partisans d’une transformation radicale de la société. La lutte de classe peut conduire à un renversement des priorités et des critères dans la société. Elle peut substituer des rapports de production autogestionnaires aux rapports capitalistes ; une démocratie autogouvernée et fédéraliste, à l’État ; un nouveau rapport mondial égalitaire, à l’ordre impérialiste.

Être révolutionnaire, cela ne signifie pas attendre passivement une rupture « inéluctable » : l’avenir n’est écrit nulle part, il sera ce que les hommes en feront, et à chaque situation historique le champ des possibles est largement ouvert. Il n’y a aucune raison pour que l’histoire ait atteint son stade ultime : le capitalisme ne sera pas la dernière forme de la société humaine. Mais un socialisme autogestionnaire ne lui succédera pas mécaniquement, au terme d’une « crise finale » à une seule issue possible.

Être révolutionnaire, cela ne signifie pas non plus se couper des conditions de vie et de lutte nécessairement limitées qu’impose le cadre capitaliste, tant qu’on ne l’a pas renversé. Nous refusons le « tout ou rien » et affirmons bien au contraire que la voie qui peut préparer une révolution future se trouvera au travers des contradictions de la société réelle, et de toutes les luttes partielles que l’on doit y mener.

La rupture révolutionnaire, le passage global d’une société capitaliste à une société autogérée nous paraît l’aboutissement d’un long processus historique de luttes de classe et de maturation des consciences, où les travailleurs et la population imposeront progressivement leur contre-pouvoir.

Révolutionnaires, nous ne sommes pas a priori partisans d’une solution violente. L’essentiel dans un processus de transformation est dans l’œuvre constructive, qui nécessite une autodéfense de la population pour préserver les acquis. Mais le degré de violence d’une révolution est d’abord choisi et imposé par les classes dirigeantes renversées. Elle peut donc être nécessaire. Il faut alors faire preuve de vigilance, pour se garder des excès et du danger de militarisation.

Excepté dans les situations de dictature ou d’occupation militaire ou coloniale, nous sommes opposés aux actions minoritaires violentes menées par des groupes armés coupés de la population et des travailleurs, et nous sommes notamment opposés aux attentats mettant en jeu la vie des personnes. L’action minoritaire armée, menée dans ces conditions, conduit au face à face avec l’État ; elle légitime le renforcement de celui-ci et conduit à un isolement paranoïaque.

Par ailleurs, dans le contexte de reflux des luttes, le système policier et judiciaire tend à criminaliser de nombreuses formes de luttes de masse. Aussi établissons-nous une ligne de démarcation claire entre les actions armées minoritaires isolées et les formes dures prises par les luttes des travailleurs et de la population pour la défense de leur acquis et de leurs combats.

De même, nous ne confondons pas l’action armée minoritaire avec l’illégalisme qu’impose aux organisations révolutionnaires et à la classe ouvrière un État fort niant le droit de grève ou de manifestation. Nous ne réduisons pas non plus l’action symbolique de minorités contre les images du pouvoir et de l’exploitation à un terrorisme aveugle.

Enfin, nous devons souligner que ce qui engendre l’action armée minoritaire c’est souvent le terrorisme d’État, notamment dans les pays colonisés ou du tiers monde.

Pour conclure, disons que la limite de l’action des révolutionnaires ne se fixe pas en terme de respect de la légalité imposée par l’État mais évolue en fonction de la conscience des masses en ce qui regarde la légitimité de l’action.

 

Extrait du manifeste pour une Alternative Libertaire

Le socialisme spontané des travailleurs

Libertaires ?

Notre conception du socialisme n’est pas le fruit d’une élaboration extérieure aux luttes du prolétariat. Nous affirmons au contraire que ce sont les travailleurs eux-mêmes qui ont spontanément découvert et redécouvert les bases d’une société alternative au capitalisme, à travers leurs luttes et notamment dans les périodes révolutionnaires.

Dès la révolution française nous en discernons les premiers signes. Au cours de la Commune de Paris en 1871, en Russie et en Ukraine de 1917 à 1921, en Espagne de 1936 à 1937 se sont développées les bases d’un autre socialisme possible, finalement écrasé par une nouvelle bureaucratie ou par la bourgeoisie. Chaque expérience révolutionnaire, chaque temps fort des luttes de classe est venu confirmer cette aspiration à une société et à une production réappropriées par la base, depuis les entreprises collectivisées et autogérées et les communes libres, avec une fédération organisant la société nouvelle.

Tout un courant anti-autoritaire du mouvement ouvrier s’est inspiré de ce socialisme spontané des travailleurs et c’est de lui que nous nous réclamons. Force est de constater que ce sont d’autres courants qui se sont imposés pendant des décennies : des socialismes d’État – social-démocratie, léninisme, stalinisme –, qui se sont opposés aux aspirations du socialisme spontané. Et qui ont conduit le mouvement ouvrier à l’impasse.

Le socialisme spontané des travailleurs a ouvert une perspective extraordinaire pour l’humanité, en esquissant à travers des réalisations concrètes une forme supérieure de démocratie.

Mais les expériences historiques ont également révélé des limites et des faiblesses dont il faut tenir compte. C’est pour cette raison qu’un projet cohérent porté par une organisation de militants est aujourd’hui nécessaire pour poser les problèmes auxquels se heurte et se heurtera le socialisme spontané des travailleurs. Si l’existence d’un tel projet n’est pas une garantie infaillible, elle peut néanmoins aider le mouvement autogéré des masses à surmonter ses faiblesses et limites évitables.

 

Extrait du manifeste pour une Alternative Libertaire

Une alternative aux socialismes d’Etat

Libertaires ?


Nous affirmons qu’il faut rompre avec le socialisme d’État, se ressourcer aux racines spontanées du socialisme des travailleurs, y chercher les termes d’un nouveau socialisme antiautoritaire sans lequel il ne saurait y avoir de renaissance pour la lutte révolutionnaire.

La social-démocratie

La social-démocratie repose sur l’illusion de la démocratie formelle sous la forme républicaine, la croyance en un État « neutre », au-dessus des classes, et donc retournable en faveur des intérêts des exploités.

Il y a un double leurre : la promesse de diriger l’État capitaliste contre les intérêts capitalistes ; et la perspective d’une transformation progressive de la société, pacifique et légale, réformiste, par lois et décrets, du capitalisme au socialisme.

Il s’en suit une stratégie politique inscrite dans les institutions du capitalisme, respectueuse de celles-ci. La social-démocratie est d’abord un socialisme étatiste, reposant sur la délégation de pouvoir, profitant aux politiciens et aux classes dirigeantes, bureaucratiques, et technocratiques.

Le bilan de la social-démocratie est désastreux pour le prolétariat. Instauration de « paix sociales » où les travailleurs perdent leurs capacités de résistance, soumission des organisations syndicales aux impératifs de l’électoralisme et à ceux des politiques gouvernementales lorsque la gauche est au pouvoir.

La social-démocratie s’est peu à peu révélée : une forme de gestion du capitalisme intégrant toujours plus le credo libéral.

Le léninisme et le stalinisme

Projet d’une transformation révolutionnaire de la société sous la direction d’un parti dirigeant et par la concentration de toute l’économie aux mains de l’État, le léninisme, a également fait faillite en méprisant et en combattant l’essentiel du socialisme spontané des travailleurs, autogestionnaire et fédéraliste. Le bilan est terrible, et des dictatures sanglantes ont entaché le mot même de « communisme » dont le sens réel est pourtant radicalement opposé.

L’histoire l’a maintenant démontré : l’étatisation des moyens de production n’implique pas une rupture avec le rapport capitaliste dirigeants/dirigés mais le passage d’un capitalisme éclaté, concurrent, à un capitalisme d’État, avec à sa tête la constitution d’une nouvelle classe dirigeante et exploiteuse. L’étatisme ne peut être présenté comme une forme de transition entre le capitalisme et le socialisme mais comme une nouvelle forme d’oppression des travailleurs.

Aucun parti ne peut s’autoproclamer « l’avant-garde du prolétariat », prétendre représenter la conscience de toute une classe, se substituer à celle-ci dans la direction du processus révolutionnaire et dans celle de la société, imposer sa dictature aux travailleurs au nom de leur émancipation.

La forme centraliste, fortement hiérarchisée, du parti léniniste, logique avec sa fonction de prise du pouvoir et de direction d’un État contrôlant toutes les activités sociales, conduit à la tyrannie à l’intérieur de l’organisation, à l’écrasement de toutes les autres formations à l’extérieur de celle-ci, à la coupure dirigeants/dirigés entre le parti et les travailleurs, entre le parti et la société.

La stratégie de prise du pouvoir par le parti conduit également à des pratiques détestables dans le cadre des luttes quotidiennes : schéma de la courroie de transmission soumettant les organisations de masse et les syndicats aux directives du parti, dirigisme et centralisme dans la conduite des luttes, soumission des interventions de masse des militants à l’impératif supérieur de l’intérêt du parti.

Certes nous ne tirons pas un trait d’égalité entre stalinisme et léninisme. Celui-ci est un courant révolutionnaire, alors que le stalinisme est d’abord un système de défense d’une bureaucratie en place. Mais force est de constater que c’est le léninisme qui a permis l’instauration de cette bureaucratie, et qu’il a ouvert la voie aux crimes contre la démocratie et contre les travailleurs.

Les courants social-démocrate et léniniste constituent un leurre dans la mesure où ils promettent, chacun à leur manière, de diriger l’État contre les intérêts capitalistes et en faveur des travailleurs (réforme de l’État ou construction d’un État « ouvrier » ). Les expériences gouvernementales de la social-démocratie et le bilan globalement négatif du lénino-stalinisme d’État, sont le cimetière où reposent les illusions prolétariennes de « lendemains qui chantent » .

Social-démocratie et léninisme ne peuvent cependant se réduire à des semeurs d’illusions dans le mouvement ouvrier. Ils ont en effet trop souvent servis d’arme contre le socialisme spontané des travailleurs dans la mesure où leur venue au pouvoir, pacifique ou violente, a servi à résoudre au profit du capital les antagonismes de classe : gestion des crises par les sociaux-démocrates et développement du capitalisme d’État par les léninistes.

Pis, ces courants n’ont jamais hésité à assumer un rôle ouvertement contre-révolutionnaire. Allemagne 1918, Russie et Ukraine 1921, Espagne 1937-1939, Algérie 1954-1962 : autant d’exemples de leur participation à la répression sanglante des mouvements ouvriers révolutionnaires et des révoltes des peuples colonisés.

 

Extrait du manifeste pour une Alternative Libertaire

Mettons Jupiter à terre !

Fédéral


Suppression des cotisations sociales, démantèlement du Code du Travail, réforme des retraites : le gouvernement Macron est là pour achever la destruction des droits sociaux conquis par les travailleurs et les travailleuses. Alors tirons les leçons des luttes passées et poussons vers une grève générale prolongée pour bloquer l’économie.

40 ans d’austérité

Confrontés à une croissance faible qui n’exclut pas des profits importants pour les patrons, les gouvernements de droite comme de gauche (sauf l’intermède 1981/82) appliquent loyalement le programme de la bourgeoisie : l’austérité. C’est le nom donné aux politiques qui visent à reprendre aux travailleurs et aux travailleuses les acquis sociaux et syndicaux arrachés par les luttes depuis la Libération.

Cette politique nécessairement impopulaire a provoqué l’alternance droite/gauche quasi-automatique, les électeurs et électrices mettant leur espoir dans les promesses de changement. La déception répétée finit par fragiliser tout le système politique : montée de l’abstention, vote Le Pen… la Ve République est un champ de ruines. Si les plus riches ont bien profité de la période, ils s’inquiètent maintenant que la colère populaire n’est plus canalisée dans les urnes. Les stratèges les plus éclairés de la bourgeoisie ont alors inventé Macron. Ni de droite, ni de gauche, ni même du centre : moderne !

Macron, joker de la bourgeoisie

Elu avec le relatif succès que l’on sait, Macron est mandaté pour contenir les explosions sociales et achever la destruction des acquis sociaux. En effet, si les résistances, les journées de grèves, les manifestations monstres n’ont pas suffit pour faire reculer les gouvernements, elles ont tout même freiné l’application des politiques ultra-libérales. De ce point de vue, la France est en retard, il s’agit d’en finir ! La suppression des cotisations sociales annonce la mort des protections solidaires ; le délabrement de l’éducation publique annonce la victoire de l’enseignement privé du primaire à l’université ; la destruction du Code du Travail et du droit syndical annoncent l’atomisation du salariat ; la réforme des retraites attendues pour janvier 2018 annonce le pire… Et l’introduction des mesures de l’état d’urgence dans la loi banale annonce l’aggravation de la répression contre les syndicalistes, militant-e-s écologistes, solidaires des migrant-e-s

Stop ou encore ?

Macron s’effondre déjà dans les sondages et la nouvelle politique transparente promise devient la construction secrète d’ordonnances ! Jamais le terme « rentrée sociale » n’aura été aussi vrai. Assurons donc le succès du rendez-vous le 30 août contre l’Université d’été du Medef et la journée de grève du 12 septembre.

Mais tirons les leçons des luttes passées. Les syndicats qui combattent encore nous préparent trois journées de mobilisations éparpillées en septembre. Mieux que rien mais insuffisant pour gagner. Quitte à perdre trois jours de salaire, c’est un appel à trois jours de grève générale que les syndicats et les salarié-e-s doivent construire. Trois jours de blocage de l’économie, des zones industrielles et des quartiers, des lycées et des facultés. Alors nous serons en meilleure situation pour décider des suites au matin du quatrième jour et pour faire grandir les forces de la rupture anticapitaliste !

Via alternativelibertaire.org

La nécessité d’un projet révolutionnaire

Libertaires ?


Un nouveau projet révolutionnaire est nécessaire, alternatif aux socialismes d’État et au libéralisme.

Par projet révolutionnaire nous entendons le projet d’une société socialiste, et le projet politique, stratégique, qui propose une voie pour préparer les conditions d’une révolution autogestionnaire en partant des conditions actuelles.

L’utopie peut avoir une incidence décisive sur les mouvements sociaux. En stimulant l’imagination collective, elle alimente les luttes immédiates, tant dans leur forme que dans leurs objectifs, et elle peut donner force et crédit à l’anticapitalisme en explorant les possibilités d’une société alternative. L’imaginaire est nécessaire pour transformer les réalités.

S’il nous semble nécessaire que notre courant porte un tel projet, nous ne prétendons pas pour autant nous substituer à l’élaboration collective des mouvements sociaux. Nous distinguons donc notre projet spécifique, élaboré depuis nos réalités et l’intégralité de nos aspirations, et les projets que les mouvements de masse se donneront eux-mêmes dans certaines époques historiques.

Notre projet n’a pas la prétention de prédire l’avenir, ni de tout prévoir, ni d’être un ensemble de promesses, ni d’être le plan tout prêt d’un socialisme à construire tel quel. C’est bien évidemment à travers leurs expériences que les travailleurs trouveront leurs réponses à nombre de questions de société. Mais dans cette élaboration, nos propositions peuvent avoir valeur de contributions et d’incitation, infléchissant le débat d’idées et les pratiques dans le sens le plus libertaire, le plus autogestionnaire possible.

L’élaboration d’un projet révolutionnaire s’appuie sur les expériences historiques et sur les expériences contemporaines des luttes. Tenant compte des difficultés rencontrées dans les processus historiques réels, il tentera des réponses réalistes. De même il doit prendre appui sur le développement technologique et les conditions culturelles d’aujourd’hui.

Le projet révolutionnaire nécessite donc une réévaluation régulière, intégrant les expériences nouvelles des luttes sociales et les avancées de la société.

L’élaboration et la défense d’un projet libertaire contemporain implique la révision et l’abandon d’un certain nombre de mythes, d’erreurs, et d’idées dépassées, portées historiquement par le mouvement révolutionnaire et par les courants libertaires. Elle ne peut avancer sans que l’on tourne le dos aux dogmatismes et aux archaïsmes.

 

Extrait du manifeste pour une Alternative Libertaire

Les finalités d’un socialisme anti-autoritaire

Libertaires ?


Le socialisme pour lequel nous combattons, le socialisme anti-autoritaire, veut une transformation radicale de la société concrétisant le socialisme spontané des travailleurs, réalisant les aspirations égalitaires et libertaires maintes fois exprimées dans les luttes de classe des exploités et dans les luttes émancipatrices des femmes et des opprimés.

Le socialisme anti-autoritaire, c’est la recherche d’une démocratie authentique : le peuple souverain auto-instituant la société, auto-gouvernant sa politique, autogérant sa production.

Démocratie enfin réalisée, parce que les rapports de production, le rapport salarial sont brisés, que les grands moyens de productions sont socialisés, collectivisés à la base et non étatisés, que l’autogestion se substitue au rapport dirigeants/dirigés, et qu’ainsi la division de la société en classes antagonistes est remplacée par une communauté humaine en réunification, socialement et politiquement égale et libre.

Démocratie authentique, parce que l’appareil d’État – c’est-à-dire l’appareil de domination des classes exploiteuses – est brisé, remplacé par une organisation fédéraliste de la société et par l’autogestion généralisée exercée sur toutes les grandes décisions, la souveraineté collective en acte, la Démocratie « de bas en haut » ou « de la périphérie vers le centre », le pouvoir aux Assemblées de base et à leurs conseils librement associés.

Le socialisme anti-autoritaire c’est le combat pour une société où l’individu soit à la fois libre et responsable. Libre dans un monde réel, où pèsent les nécessités matérielles, et dans une société où on participe aux tâches communes et à la responsabilité collective. Libre totalement de parole, d’expression, de création ; libre de son mode de vie, de sa sexualité, de sa culture. Et responsable, maître de son travail, participant au côté de tous et à égalité avec tous à l’autogestion de la production et de la société. Égal à tous, et donc accédant à égalité avec tous à la répartition des produits du travail. La finalité du socialisme anti-autoritaire c’est la construction d’une société où la collectivité solidaire permette à l’individu de s’épanouir dans ses spécificités. Une société où s’équilibrent et s’épaulent mutuellement l’individu, le local, le particulier et le collectif, le social, le culturel : une société égalitaire et libertaire.

Le socialisme anti-autoritaire donc comme exigence la désaliénation de tous et de toutes, la fin de toutes les oppressions, des racismes, des xénophobies, des intolérances, et du patriarcat. Ce qui passe nécessairement par une transformation radicale du mode de production, à la fois dans ses structures, ses formes d’organisations et de pouvoirs, et dans ses buts. C’est la fin d’une production déterminée par le profit. C’est le début d’une production tournée vers la satisfaction égalitaire des besoins exprimés socialement, ce qui ne signifie ni nivellement ni uniformisation dans une société fondée sur l’émancipation des individus et des communautés de base, c’est-à-dire sur la multiplicité autant que sur l’harmonisation des modes de vie. C’est une production qui rompt avec le productivisme, la course folle et destructrice du cadre de vie, et qui ouvre donc la voie à un rapport nouveau réintégrant la communauté des humains dans l’équilibre de l’écosystème. C’est une production où le travailleur, chaque travailleur, et collectivement le prolétariat et les autres couches dominées par le capitalisme, échappe au travail aliéné et aliénant, dominé, dirigé, pour accéder à un travail maîtrisé et ouvert à la créativité individuelle et collective.

Le socialisme anti-autoritaire c’est la fin d’un certain ordre du monde. La fin du colonialisme et de l’impérialisme, au profit d’un rapport égalitaire et solidaire entre tous les peuples, fondé sur l’autonomie, la production autocentrée pour chaque région, et la péréquation des richesses entre pays riches et pays pauvres. La fin de l’ordre étatique, au profit d’une fédération libre des régions autogérées. La fin des frontières et de la menace de guerre, pour un monde sans barrières et totalement démilitarisé.

 

Extrait du manifeste pour une Alternative Libertaire

Le contre-pouvoir et la rupture révolutionnaire

Libertaires ?


La révolution libertaire n’est pas une simple révolution politique substituant une équipe dirigeante à une autre, ou transformant les termes de la Constitution. C’est une révolution globale, touchant toutes les formes politiques, culturelles, économiques de la société. C’est pourquoi nous parlons de révolution sociale.

Les conditions de la révolution – ce qui peut conduire un peuple et des peuples sur la voie d’un tel bouleversement – ne sont ni uniquement idéologiques, ni uniquement « objectives ». La révolution n’est pas l’aboutissement mécanique d’un développement des forces productives. Elle n’est pas non plus le pur produit d’un processus idéologique. Elle ne peut survenir qu’au terme d’une dynamique ayant à son cœur les pratiques sociales, les pratiques réelles des masses et des individus, leurs luttes, qui se déploient dans les conditions matérielles de chaque époque, et qui permettent une prise de conscience collective et l’émergence de projets de transformation de la société portés de plus en plus largement.

La révolution sociale est donc préparée par un processus historique où la prise de conscience des individus et des classes sociales est l’élément central, qui s’appuie sur une expérimentation concrète à travers les luttes de classe, les luttes émancipatrices, et leur auto-organisation. Nous nommons contre-pouvoir ce processus. C’est en faisant eux-mêmes l’apprentissage de l’autogestion que les travailleurs poseront les bases d’une société alternative. C’est parce que le capitalisme et l’État apparaîtront comme des cadres trop étroits, étouffant cette montée des aspirations et des pratiques autogestionnaires de la base de la société, que celle-ci s’armera du désir de révolution.

La liberté n’est pas pour nous une fin lointaine autorisant le recours à n’importe quel moyen, mais au contraire et le but et le moyen. C’est une dynamique d’action et de conscientisation que nous proposons, non sous la conduite de dirigeants aveuglément suivis, mais au contraire par l’autogestion de luttes où s’expriment et se réalisent la base et les individus.

Le contre-pouvoir est donc une stratégie politico-sociale de préparation des conditions de la révolution sociale qui s’inscrit dès maintenant dans les combats quotidiens. Elle s’appuie sur les luttes revendicatives en dépassant le cadre imposé par le pouvoir des classes dominantes pour développer des contre-pouvoirs à la base. C’est en se coordonnant et en se fédérant que ces contre-pouvoirs tendront à s’ériger en organisation alternative à l’État.

La rupture révolutionnaire est le produit de tout ce processus, qui peut s’étendre sur de longues années : c’est le renversement des pouvoirs institués, patronaux, étatiques, par le contre-pouvoir, qui devient le pouvoir nouveau. Elle s’appuie sur une dynamique de réappropriations à la base de la vie sociale et de la production, en leur offrant le cadre nécessaire à leur systématisation.

La rupture anticapitaliste est le produit de deux mouvements articulés, indispensables l’un à l’autre. Il n’y a pas rupture révolutionnaire s’il n’y a pas réappropriation des moyens de production par les travailleurs. Et donc la lutte dans les entreprises et plus largement autour des questions du travail et de la production est bien un front prioritaire pour la lutte révolutionnaire. Mais il n’y a pas non plus de rupture sans un second mouvement social qui se développe hors de la production, gagnant de larges pans de la population et touchant tous les rouages de la société. Et donc l’entreprise ne saurait être la seule priorité du combat révolutionnaire.

Le prolétariat – dans la définition large qui est la nôtre – est bien la classe motrice et inspiratrice de la révolution sociale. Mais elle ne sera pas nécessairement la seule classe à mener la révolution. Elle a objectivement intérêt à s’allier à d’autres catégories de la population afin de réaliser un large front anticapitaliste. Il s’en suit que le nouveau pouvoir ne sera pas exclusivement le pouvoir du prolétariat – même s’il y pèse de façon décisive – et encore moins sa dictature, mais le pouvoir d’un groupe social nouveau, produit des nouveaux rapports de production autogestionnaires, s’unifiant dans un statut de citoyen-travailleur participant à la direction socialisée de la production, des études, et de la société.

Ce nouveau pouvoir ne pourra s’étendre immédiatement à l’ensemble de la population où s’exprimeront aussi les adversaires de la nouvelle société. C’est d’ailleurs là une des contradictions majeures de la révolution autogestionnaire dans sa première phase : construire une démocratie incomparable, et devoir combattre une partie de la population regroupée autour des vestiges de l’ordre ancien. Mais la dynamique est celle d’une disparition progressive des différences de classe.

Il y a donc, après la rupture révolutionnaire, une succession de phases de construction, et la première phase est encore marquée par les divisions héritées du capitalisme. Mais dès les premiers jours ce sont des rapports de production collectivistes – communistes au sens authentique – qui tendent à se mettre en place déjà dans les grands moyens de production et c’est aussi sur le mode de l’autogestion que se réorganisent les services publics et les solidarités naguère ébauchés et contrôlés par l’État. Et celui-ci est immédiatement remplacé par une nouvelle forme de centralisation et de décentralisation dialectique : le fédéralisme. Il y a donc succession de transitions où s’approfondit la construction du communisme, mais absence d’une société de transition étatisée intercalée entre capitalisme et communisme et différente de l’un et de l’autre.

Dans tout ce processus révolutionnaire – qui commence par des pratiques quotidiennes de contre-pouvoir – le rôle d’un courant organisé anti-autoritaire nous paraît nécessaire. Nous refusons le rôle dirigeant que le léninisme attribue au parti révolutionnaire et qui conduit celui-ci à se substituer aux masses et finalement à imposer un système générateur de bureaucratie. Mais les révolutionnaires ont à jouer un rôle d’animateurs et de guides. Leur propagande entre dans la dynamique de prise de conscience de la population, en proposant une critique radicale du capitalisme et une systématisation du socialisme spontané des travailleurs. Leur action concertée, convergente, organisée, est nécessaire dans les luttes de classe pour aider au développement de l’auto-organisation et à l’émergence de projets alternatifs.

Cette intervention volontaire est une des conditions du développement d’un processus qui n’obéit à aucune loi « inéluctable », et où la spontanéité a déjà montré dans l’histoire son extraordinaire valeur mais aussi son incapacité à mener seule le renversement de la société et l’institution d’un socialisme libre.

La présence active d’un courant organisé anti-autoritaire peut être décisive pour éviter les déviations bureaucratiques : un courant ayant les moyens de se faire entendre massivement par les travailleurs et les jeunes, mais également fortement implanté, formé de nombreux militants actifs dans les mouvements sociaux, en situations d’animateurs écoutés et influents. Nécessité de l’organisation, qui ne doit pas faire oublier que celle-ci peut tomber à son tour dans le dirigisme quelque soit ses prétentions libertaires, et qu’une autovigilance de tous les instants est indispensable, ainsi qu’une autogestion de la structure militante permettant la direction collective de l’organisation par sa base immergée dans la société.

 

Extrait du manifeste pour une Alternative Libertaire

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