J'aurai voulu être anarchiste pour pouvoir faire mon numéro.

[Retiers] Lactalis pollue la seiche et tait ses dysfonctionnements !

Local

Depuis plusieurs semaines, la Seiche, rivière Brétilienne, a connu un déséquilibrage massif de son écosystème : mort accrue de poissons et d’oiseaux notamment.
Des associations, suivies par des services de l’Etat ont identifié le probème : l’usine Lactalis, située à Retiers, qui deversait du lactose brut dans l’écosystème, privant la faune et la flore d’oxygène.
Lactalis n’a de son côté, pas jugé nécessaire de signaler l’incident (saturation de son système d’épuration) aux autorités.
Rien d’étonnant de la part d’une entreprise qui n’a que peu faire de ses salariéEs, en leur imposant, par exemple sur certains sites des déjeuners sur place à raison de 10€ par jour. C’est aussi la même entreprise qui présurise les producteurs de lait, mais qui en parrallèle réalise 17,3 milliard d’euros de chiffre d’affaire. Alors, autant dire que la préoccupation de l’environnement ne fait pas partie de ses priorités, tant que cela n’a pas d’impact sur son image.

Afin de lutter efficacement contre ces dérives et bien d’autres, Alternative Libertaire revendique l’autogestion et la démocratie au sein des entreprises, pour un partage des richesses et sous le contrôle d’Assemblée Générale démocratique des communes, qui ne laisseraient pas les entreprises de leurs territoires dégrader l’environnement dans lequel elles évoluent !

Bure : pourquoi l’État tient tant à briser la contestation

Fédéral

Encore 30 blessés le 15 août. Cigéo, le projet démentiel d’une poubelle éternelle est censé redorer le blason technologique d’une filière nucléaire aux abois.

Le mardi 15 août 2017, à Bure (Meuse), une manifestation de plus de 800 personnes a tenté de rejoindre un site archéologique datant du néolithique mis à jour dernièrement et occulté par l’Agence nationale pour les déchets radioactifs (Andra). La quinzaine de fourgons de gardes mobiles et le canon à eau ont provoqué le cortège à la sortie du village de Saudron. Résultat : plus de 30 blessés et 3 hospitalisations, dont une pourrait entraîner l’amputation de plusieurs orteils. L’État a donc décidé non seulement de militariser la région, en mettant en danger la vie des opposant.es.

Comment en est-on arrivé là ? Un flash-back s’impose.

Cela fait plusieurs années que l’opposition enfle contre le projet délirant d’un site d’enfouissement de déchets nucléaire censé durer des centaines de milliers d’années sur le site de Bure.

Depuis « l’été d’urgence 2016 », l’attention des opposant.es s’est portée sur le bois Lejuc. L’Andra a commencé à défricher pour y construire des puits d’évacuation des gaz qui se dégageraient des futurs fûts enfouis. La vente de ce bois à l’Andra, le 2 juillet 2015, par le conseil municipal de Mandres-en-Barrois, a été annulée par la justice le 22 février 2017 en raison d’irrégularités. Elle a été reconfirmée de justesse par le conseil municipal du 18 mai 2017, mais un nouveau recours a été déposé, soutenu par le réseau Sortir du nucléaire.

Le bois a été occupé par des opposant.es mi-juin 2016, avant d’être expulsé.es. l’Andra a alors construit illégalement un mur de 2 mètres de haut pour protéger ses travaux. Une deuxième occupation a été organisée mi-juillet malgré la forte répression des gardes mobiles, parfois épaulés par… la milice privée de l’Andra ! Suite à la démission du directeur de l’Andra, et en l’absence de la police, une foule de 400 personnes a abattu le mur le 14 août 2016. Un joli coup, qui, ajouté aux recours juridiques et aux occupations, a porté ses fruits puisque les travaux du bois Lejuc ont été déclarés illégaux par la justice, l’Andra devant même remettre en état la forêt.

Lors de la journée d’action du 18 février 2017, près de 600 personnes ont atteint le laboratoire de l’Andra, protégé par un important dispositif policier. La foule a fait tomber les grilles du laboratoire malgré les grenades assourdissantes et de désencerclement qui ont blessé une vingtaine de personnes – deux ont été hospitalisées.

Cet été, enfin, du 11 au 13 août, le festival Bure’lesque a rassemblé plus d’un millier de participant.es dans un cadre festif proposant conférences, projections, débats, spectacles vivants et concerts.

Cigéo pour masquer le naufrage nucléaire

La lutte à Bure démontre que l’Andra est prête à tout pour mener à bien son projet, au mépris de l’avis des populations et des conséquences écologiques. C’est que, derrière l’Andra, toute la filière nucléaire française mise sur l’aboutissement du projet Cigéo.

La filière nucléaire française s’enfonce en effet dans une crise irrémédiable. Affectée par le scandale Uramin en 2007, Areva ne parvient pas à se dépêtrer des chantiers EPR de Flamanville (Manche), de Taishan (Chine) et d’Olkiluoto (Finlande), et va s’en ajouter un quatrième à Hinckley Point, en Grande-Bretagne, qui risque d’être le boulet de trop. Quant à EDF, le coût du démantèlement des centrales nucléaires – inéluctable quoique toujours repoussé – est toujours inconnu, et la gestion des déchets est insoluble. Le projet Cigéo de Bure doit donc prouver au marché mondial que la filière française, malgré ses difficultés, est toujours à la pointe de la technologie.

Elle pourra, pour cela, compter sur l’appui de l’Etat français – rappelons que le Premier ministre, Édouard Philippe, a été directeur des affaires publiques d’Areva entre 2007 et 2010.

Pour une alternative à ce système

Du pillage colonial des mines d’uranium du Niger à la création d’une poubelle éternelle à Bure, en passant par le sacrifice de la santé des salarié.es et des populations locales : la société nucléaire est nécessairement policière et antidémocratique !

Le courant communiste libertaire soutient la lutte à Bure, à Flamanville et partout ailleurs. Nous devons populariser la nécessité d’une sortie totale du nucléaire, en premier lieu par la réduction de la consommation d’électricité à l’échelle de la société et le développement des énergies renouvelables, avec une production décentralisée et sous contrôle populaire pour éviter la récupération par les capitalistes, comme on le voit déjà avec le business des éoliennes géantes. La question de la gestion des déchets nucléaires se posera après l’arrêt de leur production.

Pour y parvenir, on voit bien que la voie institutionnelle est inopérante : la loi de transition énergétique, censée ramener à 50 % la part du nucléaire dans la production française d’électricité n’entraîne aucun acte concret, même avec la présence cosmétique d’un ministre écologiste au gouvernement. On n’imposera le changement que par la lutte.

Fred (AL Nancy)

via alternativelibertaire.org

Introduction : Comment se battre aujourd’hui contre le capitalisme ?

Libertaires ?

Comment concevoir un projet nouveau, en rupture avec les socialismes autoritaires, étatiques, centralisateurs, jacobins, qui ont conduit le mouvement ouvrier et social à l’impasse, qu’il s’agisse du léninisme, du stalinisme, ou de la social-démocratie ?

Comment ce combat, que nous nommons socialisme ou communisme libertaire, et dont la perspective est une rupture révolutionnaire, la construction d’une société communiste au sens authentique, autogestionnaire du terme, peut-il emprunter une voie adaptée aux données nouvelles, complexes, de la société contemporaine ?

Ce document exprime les grandes orientations, les propositions générales d’un courant militant qui cherche des réponses à ces questions.

Il ne prétend pas apporter ses réponses toutes prêtes, sous une forme achevée : il ne se veut pas une doctrine, sectaire, figée.

Il constitue seulement un point de départ théorique et pratique ; il exprime des convergences, des point d’accord ; il soulève des questions qui restent largement ouvertes. Il se veut donc un simple outil pour réfléchir et pour agir, que nous ne manquerons pas de faire évoluer au cours des années.

Ce texte veut participer à la constitution d’un courant révolutionnaire nouveau, international.

Nous essayons d’opérer une synthèse sur des bases libertaires d’apports multiples, issus des luttes, des expériences historiques, et de nombreux courants révolutionnaires, autogestionnaires, écologistes, féministes, syndicalistes. Nous nous reconnaissons ainsi dans une filiation large, multiple, qui trouve ses racines, dès les origines du mouvement ouvrier, dans les courants anti-autoritaires, syndicalistes révolutionnaires, libertaires, anarchistes, conseillistes, mais qui tente d’élargir ses références bien au-delà ; et nous refusons toute inféodation dogmatique à quelque doctrine que ce soit, passée ou présente.

Nous voulons trouver une définition moderne de la lutte des classes et du prolétariat, qui tienne compte des profondes mutations de notre époque sans minorer pour autant les révoltes et les luttes des plus exploités. Nous affirmons que le capitalisme n’est pas le dernier stade, ultime et indépassable, de l’histoire humaine : un projet révolutionnaire nouveau est nécessaire, qui ne soit pas groupusculaire, mais qui s’appuie au contraire sur les luttes des travailleurs, des jeunes, de la base de la société, sur leur auto-organisation, leur capacité à imposer des contre-pouvoirs.

Nous tentons donc d’élaborer une orientation politique, sociale, culturelle, qui articule luttes de masse, revendicatives, syndicales, associatives ET expressions radicales, alternatives, révolutionnaires ; et qui refuse de se perdre dans les dédales institutionnels, dans la politique politicienne, en privilégiant les luttes sociales et le militantisme de terrain.

Nous voulons certes nous organiser pour être efficaces ; mais nous refusons la forme et le contenu, la fonction du parti. Enfin, parce que nous ne prétendons pas détenir la vérité et que l’unité des forces est nécessaire pour peser, nous recherchons les convergences dans l’action et le débat politique avec toutes les forces anticapitalistes. Et nous avançons le projet d’un grand mouvement anticapitaliste et autogestionnaire : une force pluraliste, large, dont notre courant serait une des composantes.

Autant de convictions qui fondent l’identité de notre combat, et que ce document contribue à clarifier.

Extrait du manifeste pour une Alternative Libertaire

Un combat anticapitaliste

Libertaires ?

Nous sommes résolument anticapitalistes. Nous ne nous opposons pas seulement aux abus du système qui domine aujourd’hui le monde entier. Nous sommes radicalement opposés à ses fondements : l’exploitation du travail humain au profit de minorités dirigeantes et privilégiées ; la destruction progressive des ressources naturelles ; le développement mondial inégal et l’impérialisme ; l’aliénation de l’individu ; la domination étatique sur la société.

Anticapitalistes, nous refusons la course aux profits, la logique d’entreprise, le modèle de développement productiviste, la hiérarchie et les inégalités sociales, qui sont les credos d’une société totalement dominée par le mode de production et les classes capitalistes.

Nous sommes anticapitalistes pour des raisons sociales, par notre engagement dans les luttes de classe des exploités. Nous le sommes pour des raisons éthiques, par notre attachement à des valeurs égalitaires, libertaires, de justice sociale et de respect des spécificités de chaque individu. Nous le sommes également pour des raisons vitales, puisque le capitalisme repose sur une surexploitation toujours plus poussée de la nature qui menace à terme la survie de l’humanité.

Nous sommes opposés au capitalisme quelle que soit la forme historique sous laquelle il se présente : capitalisme libéral ou capitalisme d’État. Nous sommes opposés au capitalisme libéral, fondé sur une régulation « autonome » du marché, et qui se prétend « démocratique » alors qu’il repose sur un mode de production par essence antidémocratique et qu’il est tout entier tourné vers la réalisation des profits des classes dirigeantes. Nous sommes opposés au capitalisme d’État, même quand il se prétend « socialiste » voire « communiste » alors qu’il repose sur un mode d’exploitation et de domination tyrannique des travailleurs, et sur la détermination autoritaire du marché, au profit d’une classe privilégiée et toute puissante, la bureaucratie et la technocratie d’État. Nous ne soutenons en conséquence ni une étatisation partielle ou totale du capitalisme libéral, ni une privatisation partielle ou totale du capitalisme d’État.

Notre anticapitalisme s’inscrit déjà dans les luttes quotidiennes, d’abord limitées par le cadre imposé par les classes dominantes, pour donner appui, par une critique radicale et un projet de société alternatif au capitalisme, celui d’un socialisme autogestionnaire et libertaire, à un vaste mouvement de lutte de classe et de subversion révolutionnaire.

 

Extrait du manifeste pour une Alternative Libertaire

Un combat de lutte de classes

Libertaires ?


Nous affirmons que la division de la société en classes sociales antagonistes demeure le fait majeur du capitalisme moderne. Le capitalisme a connu de profondes mutations, il n’a cessé et il ne cessera de se transformer, à travers un cycle de crises et d’expansion. Mais il n’en repose pas moins d’abord et toujours sur des rapports de domination, dirigeants/dirigés, avec leur corollaire : l’exploitation des travailleurs manuels et intellectuels par les classes dirigeantes.

Les classes sociales sont déterminées par leur place dans les rapports de pouvoir dans la production – qu’il s’agisse de la production des biens matériels, des marchandises, des équipements, ou de la production des services – et que cette production s’effectue dans le secteur privé ou dans le secteur public.

Mais par classes sociales nous entendons également l’ensemble de ceux qui, dans la population, sont liés à ces catégories constituées dans la production : les familles, la jeunesse, les inactifs, les retraités, les sans-emploi… Par luttes de classe, nous entendons donc, et les luttes menées dans les entreprises ou concernant le travail, le chômage, la précarité, et les luttes menées dans le reste de la société, lorsqu’elles mettent en jeu les antagonismes de classe.

Les classes sociales dans le capitalisme contemporain ont vu leurs contours profondément modifiés, et on ne peut s’en tenir à des images nées au siècle dernier.

Par classe capitaliste nous entendons l’ensemble des catégories qui se trouvent aux postes de commande dans la production et dans la société, et qui décident de la répartition de la plus-value. À la bourgeoisie classique caractérisée par la propriété privée se joignent les couches qui ont accompagné le développement des grands groupes et de l’État : bureaucratie et technocratie.

Le prolétariat moderne ne se limite pas aux seuls ouvriers, même si ceux-ci occupent toujours une place importante dans la société. Par prolétariat, nous entendons l’ensemble des groupes sociaux sans pouvoir réel de décision sur la production, et contraints à vendre leur force de travail sous la forme du salariat. Il est composé à sa base par les travailleurs manuels, ouvriers et employés. Avec à leurs côtés des travailleurs intellectuels dominés et exploités : techniciens, enseignants…

Une part considérable du prolétariat moderne est frappée par le chômage et la précarité, qui sont devenus des données structurelles et massives dans les rapports sociaux contemporains.

Entre classe capitaliste et prolétariat, de nouvelles couches moyennes salariées se sont développées (cadres, techniciens…), qui occupent des tâches de gestion et d’encadrement. Ces couches pèsent toujours plus, politiquement mais aussi culturellement. La conduite de la lutte de classe suppose que la distinction soit faite parmi celles-ci, entre celles dont le commandement n’est que d’ordre technique et professionnel, et celles qui participent à l’établissement de la finalité de la production.

Diversifiées à l’extrême, les nouvelles couches moyennes salariées tendent, pour les plus aisées d’entre elles, à se confondre avec les classes capitalistes dont elles ne différent que par un éloignement plus grand des centres de décision, tandis que la base de ces couches se mêle d’une façon souvent inextricable au prolétariat.

Le développement du secteur tertiaire, l’accroissement du nombre de techniciens, l’amenuisement des ouvriers de l’industrie dans les pays développés, le morcellement des statuts, la précarité, le chômage, ont pour conséquence l’effacement d’une figure sociale centrale naguère identifiée par les seuls ouvriers industriels.

La lutte des classes s’exerce sous des formes nouvelles. La vision d’une classe uniquement ouvrière, minoritaire, avant-garde sociologique et unique force d’entraînement est un anachronisme qu’il faut remplacer par le projet d’une unité nouvelle, beaucoup plus large, fédérant sans nier les spécificités toutes les composantes d’un prolétariat moderne, intellectuelles et manuelles, salariées et précaires, industrielles et tertiaires. Ce nouveau prolétariat multiforme mais unifiable sur la base de sa situation commune, dominée, exploitée, doit chercher des convergences revendicatives et anticapitalistes avec de larges pans des couches moyennes salariées et des autres catégories sociales dominées par le capitalisme. Ces convergences se construiront à travers les luttes sociales, les prises de conscience collectives, l’émergence de projets nouveaux de transformation de la société.

Sans être investi d’un quelconque « messianisme », mais du fait de sa place dans les rapports de domination et de production, le prolétariat est porteur d’une lutte de classe permanente, tantôt latente, tantôt explosive. Cette lutte de classe impose aux classes dirigeantes des transformations et des compromis permanents, déterminés par le rapport de force, sur le travail, le partage des richesses, le droit, les institutions. Mais elle porte également une remise en cause globale du capitalisme, qui s’est exprimée régulièrement tout au long de l’histoire. La lutte de classe est donc à la fois porteuse de transformations partielles, opposées à la logique et aux intérêts des capitalistes, et d’une rupture révolutionnaire posant les bases d’une société nouvelle émancipant l’ensemble de l’humanité.

Notre participation aux luttes du prolétariat ne nous ferme pas les yeux sur la complexité, la diversification de la société, qui présente une formation sociale hétérogène, dominée par le capitalisme et par ses lois (notamment celle du marché), mais où coexistent d’autres formes de production, (voire d’autres formes d’exploitation des travailleurs) : coopératives, associatives, précapitalistes (paysannerie, artisanat), individuelles. Divers groupes sociaux entrent ainsi dans le champ de la lutte des classes : paysannerie, couches moyennes traditionnelles, nouvelles couches moyennes salariées entre autres, ce qui ne manque pas de poser maint problèmes théoriques et pratiques qui ne pourront être éludés au cours du processus d’alternative au capitalisme.

Les travailleurs de la terre notamment – dont le plus grand nombre subit l’exploitation du système dominant – constituent toujours une catégorie sociale importante, tant du fait de la finalité de leur travail que de leur place dans l’environnement naturel.

 

Extrait de manifeste d’Alternative Libertaire

Un combat anti-impérialiste

Libertaires ?

L’essor du capitalisme au XIXe et au XXe siècles n’a pu se faire sans le pillage systématique des ressources des pays du Sud. À l’exploitation du prolétariat répond celle des peuples d’Asie, d’Afrique, d’Amérique. Le capitalisme repose sur le développement inégal à l’échelle de la planète, sur un ordre mondial impérialiste où les métropoles s’imposent, que ce soit directement sous la forme du colonialisme, ou par le truchement de régimes corrompus, ou par l’arme des aides intéressées et de l’endettement.

Les conséquences humaines sont désastreuses : destructions des équilibres naturels, des cultures vivrières, des productions locales, au profit des secteurs d’exportation des richesses vers les métropoles. Les économies sont incomplètes, dépendantes, incapables de répondre aux besoins des populations. Corollaire : la montée des inégalités, la misère et la faim. Et la domination progressive d’une culture et d’un mode de vie « à l’occidentale » qui met en miettes les valeurs propres à chaque peuple.

Nous préconisons pour la France la décolonisation des DOM-TOM. Adversaires résolus de « notre » impérialisme, nous ne pouvons que soutenir de la manière la plus claire les luttes des peuples qui en sont les victimes, et plus particulièrement celles que mènent et que mèneront les peuples des DOM-TOM pour leur décolonisation. Nous nous opposons de même aux interventions militaires et aux guerres impérialistes perpétrées par « notre » État.

Nous soutenons toutes les luttes des peuples contre l’impérialisme et pour leur indépendance. Ce soutien de principe est en même temps lucide, critique. L’expérience historique a démontré que les luttes d’indépendance, toujours légitimes dans leur refus de la domination, et en ceci toujours à soutenir, ont accouché de régimes bureaucratiques militarisés, ou impliqués dans diverses formes de néocolonialisme. Toutes les luttes ne reposent pas sur les mêmes composantes sociales et notre soutien va d’abord aux paysans pauvres et aux prolétariats. Tous les mouvements de libération ne se donnent pas les mêmes objectifs, avec les mêmes armes, les mêmes formes. Nous soutenons en priorité les forces les plus démocratiques, les plus représentatives, et les plus susceptibles de mettre en cause le capitalisme et l’étatisme.

Face à l’oppression contre les aspirations nationalitaires et identitaires, notre soutien est acquis, mais un soutien critique, notamment vis-à-vis de conceptions qui tendraient à opposer les peuples ou à gommer les réalités de classe, telle la trilogie Nation/État/Patrie. À ces conceptions porteuses de nouvelles dominations, nous devons opposer le droit de chaque peuple à vivre sur sa « terre » au sens historique et culturel, sans que pour autant il interdise à d’autres peuples, d’autres cultures, le droit de coexister, de se mêler. Il s’agit de contribuer à la création d’une nouvelle citoyenneté transcendant les appartenances ethniques, culturelles, nationales ou religieuses.

Dans les pays européens existent, sous des formes différentes, un même processus de développement inégal et de centralisation, d’oppression des cultures et des peuples, qui a généré des revendications nationalitaires et dans certains cas des luttes pour l’indépendance ou pour l’autonomie (comme en Irlande, au Pays basque, en Corse…). Là aussi des luttes légitimes, et de notre part une participation ou un soutien critique, lorsque ces combats sont portés par des parties significatives des populations concernées et qu’ils peuvent ouvrir une perspective anticapitaliste et émancipatrice.

 

Extrait du manifeste pour une Alternative Libertaire

Un combat écologiste

Libertaires ?

Le combat écologiste fait historiquement partie de l’identité du combat libertaire, et il constitue à nos yeux un des fronts majeurs de la lutte révolutionnaire. Le niveau de pollution, de destruction de l’environnement, de déstabilisation des écosystèmes de la planète donne aujourd’hui au combat écologique une importance primordiale.

Le capitalisme a entraîné une rupture dans le rapport entre l’homme et la nature. La dynamique qui lui est propre repose sur la nécessité d’une croissance continue de la production, et celle-ci s’opère grâce à une saignée permanente des ressources naturelles. La logique productiviste a causé des destructions massives, une dégradation générale du cadre de vie, et d’importants déséquilibres écologiques. Destruction de la couche d’ozone, déséquilibres thermiques de l’atmosphère («  effet de serre  »), dépérissement des forêts dans l’hémisphère nord («  pluies acides  »), pollution des eaux douces par les rejets industriels et agricoles, multiplicité des catastrophes industrielles (chimiques et nucléaires), destruction des forêts équatoriales, extension des déserts… la civilisation productiviste nous prépare pour demain un avenir noir.

Les gouvernements, les partis au pouvoir, les organismes internationaux multiplient les déclarations, prennent des demi-mesures qui préservent les intérêts essentiels des multinationales pollueuses, mais sont largement inefficaces pour lutter contre les destructions de la nature.

Face aux problèmes écologiques, les aménagements du capitalisme ou des sociétés bureaucratiques se révèlent inapplicables, tant ces systèmes économiques sont construits autour d’une logique productiviste. Cette logique a détruit l’objectif «  naturel  » de la production, la satisfaction des besoins des producteurs. Cette logique conduit l’humanité dans une impasse.

L’activité humaine approche des limites supportables par l’écosystème «  Terre  ». De très lourdes menaces pèsent sur la planète. Il y a contradiction entre le maintien d’une économie capitaliste productiviste et la survie de l’humanité.

Aussi le combat écologiste ne peut pas seulement s’inscrire dans les luttes, bien sûr nécessaires, contre les pollutions et les dégradations les plus flagrantes. Un écologisme conséquent ne peut qu’être radicalement anticapitaliste. Il doit s’en prendre à la logique et à la nature même du système, et lui opposer un autre modèle de développement, une autre conception du travail et des technologies, une autre forme de consommation, et bien évidemment un autre rapport entre la société et la nature. La lutte écologiste peut inspirer un projet de société globalement alternatif au capitalisme, et un projet de vie fondé sur un lien profond, retrouvé et renouvelé, entre les hommes et la nature. Entendons-nous bien, il ne s’agit pas de tomber dans le mythe d’une nature «  pure  » détruite par l’homme. L’homme, ses activités créatrices et productives font partie de la nature. La planète terre, sa flore et sa faune n’ont jamais constitués un système figé, mais au contraire ont été le siège d’une évolution constante, d’un équilibre dynamique de ses composantes.

Mais l’évolution technologique du XXe siècle a créé une situation nouvelle. L’homme est aujourd’hui en capacité, s’il ne maîtrise pas son développement, de créer une rupture, un déséquilibre brutal de la planète. Le XXe siècle a vu la pollution «  acceptable  » (c’est-à-dire supportable par l’environnement) produite par l’activité humaine, se transformer en déséquilibre mettant en danger l’avenir de l’humanité. Les mesures sectorielles ne peuvent rien contre la montée générales des déséquilibres. C’est à la cause du mal qu’il faut s’attaquer.

Or ce n’est pas l’action prioritaire dans les institutions politiciennes, ni la seule intervention de spécialistes qui peuvent régler les problèmes urgents révélés par l’écologie. De grandes mobilisations de masse sont nécessaires. Et les thèmes de l’écologie doivent être repris en compte par le mouvement ouvrier. Et ceci d’autant plus que les travailleurs sont les premiers frappés par les désastres écologiques, dans la production et dans leur vie quotidienne.

L’humanité se doit de maîtriser sa croissance démographique, de contrôler sa production industrielle, sa consommation en énergie fossile, de réinventer une agriculture qui n’épuise pas les ressources en eaux et les sols. Le productivisme est fondamentalement incompatible avec une telle évolution. D’une part, parce qu’il nécessite une croissance explosive de la production, de la consommation et de la population. D’autre part, parce qu’il repose sur des sociétés profondément inégalitaires, incapables de gérer collectivement une répartition harmonieuse des richesses disponibles.

Le combat écologique, parce qu’il n’a pas de sens sans l’affirmation de la nécessité d’un autre type de développement, est inséparable du combat pour une démocratie directe et pour une égalité économique.

Les mobilisations écologiques sont appelées à prendre des développements importants. Les victoires partielles qu’elles peuvent obtenir sont importantes, mais elles ne prendront tout leur sens que si elles permettent d’affaiblir l’emprise idéologique du productivisme sur les populations, si elles s’accompagnent du développement de la démocratie et de la solidarité à la base de la société, si elles sont un pas en direction d’un autre modèle de développement.

Le combat écologiste, en partant d’un angle différent, peut et doit donc se lier aux luttes de classe, dans une contestation globale du capitalisme.

 

Extrait du manifeste pour une Alternative Libertaire

Un combat contre toutes les aliénations

Libertaires ?


Notre combat n’est pas seulement tourné contre une certaine forme de production matérielle et sa domination sur le travail, la société, le monde, et la nature. Nous sommes porteurs d’aspirations libertaires qui dépassent la seule lutte de classe. L’émancipation de chaque individu n’est pas pour nous une perspective secondaire mais l’objectif majeur de la lutte sociale. Loin de les opposer, nous affirmons que la lutte pour la libération, la liberté individuelle, ne peut avancer sans le concours des luttes collectives.

Depuis des millénaires, des oppressions et des aliénations étouffent l’épanouissement de chaque individu et de nombreux groupes sociaux : le racisme, la xénophobie, l’oppression des femmes, l’ordre moral qui s’exerce notamment contre l’homosexualité, les conformismes culturels…

Ces aliénations, le capitalisme ne les a pas générées, mais elles le servent comme autant de moyens pour cimenter sa domination, en opprimant les facultés créatrices et vitales de chacun, et en distillant les haines et les divisions dans la population.

Les religions comptent parmi les principaux vecteurs des aliénations : par la vision du monde qu’elles proposent par les formes hiérarchisées qu’elles se sont données, par leur prétention à enserrer la vie de chacun dans un réseau de dogmes, de tabous et de règles imposées. Nous sommes certes pour la liberté du culte, nous respectons les choix de chacun, et nous dénonçons les persécutions et les interdictions. Mais nous refusons toute emprise des religions sur la société et nous voulons les soumettre à une critique radicale.

Nous sommes donc partisans d’une lutte globale qui prenne à partie toutes les formes d’aliénation et d’oppression, et qui se donne pour finalité le respect absolu de l’identité de chacune et de chacun, que tous puissent vivre, aimer, travailler, créer, s’exprimer librement, sans barrière de race, de sexe, de nationalité, d’âge ou de mode de vie, que tous puisse trouver une place dans la société humaine, s’y épanouir et disposer de moyens d’existence satisfaisants.

Si le capitalisme soutient, tout en les renouvelant, des aliénations multimillénaires, il est lui-même porteur d’aliénations spécifiques. Au travail, où l’individu est parcellisé, dominé et réduit au statut de marchandise. Dans le rapport de l’homme à la nature. Dans la vie quotidienne, où le mode de consommation est déterminé par la logique des profits.

Nous sommes donc pour que s’épaulent les luttes de classe et les diverses luttes contre les aliénations, sans réduire celles-ci aux conditions des premières. La destruction de l’ordre capitaliste, la construction de nouveaux rapports sociaux égalitaires et libertaires, apporteront les bases nécessaires – même si elles ne sont pas à elles seules suffisantes – à une ère d’émancipation.

 

Extrait du manifeste pour une Alternative Libertaire

Un combat contre l’oppression des femmes

Libertaires ?

L’oppression des femmes trouve un appui décisif dans le capitalisme, qui impose dans les entreprises l’inégalité entre les hommes et les femmes, et dans de nombreux cas brimades et exploitation sexuelle.

La lutte pour l’émancipation et pour l’égalité des femmes est un des thèmes essentiels du combat libertaire, indissociable pour nous de l’anticapitalisme et de l’antiétatisme.

Cette lutte a déjà imposé des transformations réelles dans les consciences et dans la vie, grâce aux mobilisations massives des femmes dans les années 70 et 80. Aujourd’hui, ces acquis sont plus ou moins remis en cause notamment par des pressions constantes contre le droit à l’IVG. Nous devons défendre ces acquis, dans et hors des entreprises, et les élargir encore.

Partout où du terrain a été gagné s’exerce la pression contraire, qui vise à déposséder les femmes de la maîtrise de leur vie, de leur corps et de leur sexualité, et qui cherche à les reléguer à une place subalterne et soumise conforme à l’image traditionnelle de la femme.

Une pression qui trouve dans les systèmes en place, et notamment dans les Églises de diverses confessions, des soutiens actifs.

Aussi la lutte contre l’oppression des femmes est-elle un de nos combats majeurs, dans et hors des entreprises, en lien avec la lutte de classe.

C’est pourquoi nous rejetons la conception traditionnelle du militant ouvrier et révolutionnaire dont la disponibilité pour la cause est fondée sur le confinement domestique d’un des conjoints. Une forme nouvelle, alternative, de militantisme est à découvrir et à expérimenter par les hommes et les femmes qui ne reproduise pas à l’intérieur du mouvement d’émancipation, les rapports patriarcaux et les aliénations domestiques.

 

Extrait du manifeste pour une Alternative Libertaire

Un combat anti-étatiste

Libertaires ?


Nous refusons le mythe de l’État républicain, neutre, démocratique, au-dessus des intérêts particuliers. L’État, c’est au contraire l’organisation de la violence politique des classes dirigeantes qui s’impose à la base de la société. L’État républicain, comme tous les États, est une structure pyramidale et centralisatrice où le pouvoir s’exerce du haut vers le bas. L’État est par nature centralisateur, oppressif, uniformisateur. Arme des classes dirigeantes, il encadre, forme, quadrille, corrige et réprime la population.

L’État moderne est un État capitaliste. Il est même le corps central du capitalisme, conçu pour en gérer les grands mécanismes, tissant des liens inextricables avec le capitalisme privé, et lui-même entreprise capitaliste parmi les plus puissantes, générant une classe technobureaucratique.

L’État français repose sur l’équation « Nation-Patrie-État » construite au prix de l’écrasement des spécificités culturelles, régionales, locales, au profit d’une culture centrale, dominante, appauvrie.

Dans le cadre de l’intégration européenne, ce processus est partiellement remis en cause : la déconcentration-décentralisation transfère quelques pouvoirs aux notables régionaux et départementaux. Mais cela ne modifie pas notre analyse. L’Europe, qui se construit réduit (et réduira plus encore) les particularismes. Elle centralise (et centralisera toujours plus) les pouvoirs essentiels à la pérennité du système. Les niveaux géographiques de l’État se transforment pour mieux répondre à l’internationalisation du capitalisme. Nous affirmons que capitalisme et démocratie sont antinomiques, que celle-ci ne peut pas se construire comme système politique sur le socle d’une production par essence inégalitaire. La société capitaliste moderne est marquée par la contradiction entre sa prétention à prendre en charge les intérêts collectifs de toute la population, et sa finalité réelle, au service des privilégiés. La lutte pour une démocratie authentique est un des enjeux majeurs de la lutte de classe sur les bases d’une transformation du mode de production actuel.

Nous critiquons donc le caractère illusoire et mensonger de la « démocratie parlementaire » qui masque le pouvoir du mode de production capitaliste sur la société. La possibilité de choisir les dirigeants de l’État et les législateurs ne peut être dissociée de la structure hiérarchisée de l’État, ni de sa fonction de gestion du capitalisme. Le système parlementaire fait du citoyen un électeur passif, qui délègue son pouvoir à des dirigeants qui ne pourront pas agir contre les intérêts essentiels des classes capitalistes.

Nous ne renvoyons cependant pas dos à dos dictatures et démocraties parlementaires. Celles-ci sont les produits d’un compromis – avantageux pour le système, façonné par lui – entre les aspirations et les luttes démocratiques portées par la population et le prolétariat, et les intérêts des classes dominantes, qui ont besoin d’un consensus politique minimum. Aussi l’État moderne parlementaire est-il porteur de contradictions importantes. Ce sont les luttes menées depuis deux siècles qui lui ont imposé la liberté d’expression et d’organisation, le suffrage universel, le suffrage des femmes. Ce sont elles aussi qui lui ont imposé la prise en charge d’une dimension sociale et solidaire, et une conception égalitaire des services publics. L’État moderne est l’enjeu de luttes et de tensions de classe contradictoires, les unes visant à l’extension de ces droits, les autres à leur remise en cause. Ainsi nous nous opposons à la privatisation des services publics, qui remet en cause toute logique d’utilité sociale.

Aussi ne sommes nous pas des abstentionnistes de principe. Tout en affirmant qu’aucun changement radical profitable au prolétariat ne peut être apporté délibérément par des élus, nous n’excluons pas a priori la possibilité de voter ou d’appeler à voter, dans certaines conditions, pour tel ou tel candidat, tout en rappelant notre critique radicale de l’électoralisme et notre priorité absolue aux luttes sociales.

Notre combat est anti-étatiste. Il oppose à l’État capitaliste et parlementaire un projet alternatif, pour une démocratie autogestionnaire et fédéraliste reposant sur la collectivisation des grands moyens de production.

Cet anti-étatisme s’exprime dans les révoltes et les combats contre l’armée et la militarisation de la société, contre l’ordre policier, contre l’injustice, contre le régime carcéral et contre le système éducatif actuel.

Il participe aux luttes contre toutes les dictatures, et aux luttes pour étendre les libertés démocratiques dans les systèmes parlementaires, en affirmant que l’exigence démocratique est en rupture avec l’appareil d’État et avec le système social qu’il défend.

 

Extrait du manifeste pour une Alternative Libertaire

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