Quand l’association “Commerce Ville de Fougères” (CVF) se trompe de cible

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Ce deuxième confinement est un coup dur pour les petits commerçant.e.s et artisan. e.s fougerais.e.s. Ils et elles vont encore perdre en attractivité face aux grandes entreprises capitalistes : supermarchés et géants du commerce en ligne. Mais alors pourquoi ne pas cibler ces dernières plutôt que la population ? Pourquoi, à travers une campagne de sensibilisation, lui faire porter le poids des déconvenues, en insinuant qu’elle fait de mauvais choix ? N’y a-t’il pas plutôt intérêt à remettre en cause la façon dont fonctionne notre économie : le capitalisme ?

Depuis le déconfinement nous avons vu fleurir partout en ville des banderoles, des affiches et des spots publicitaires du CVF invitant à soutenir les commerces locaux et pour cela à acheter localement. Un rassemblement contre le projet d’implantation d’un supermarché Grand Frais à Beaucé, a aussi été organisé par le CVF avec un appel à ce que la population le rejoigne. Et Jeudi 29 octobre après l’annonce d’un nouveau confinement, une nouvelle campagne de sensibilisation a été lancée par cette même association, une campagne moraliste et méprisante qui joue la carte de la culpabilisation des consommateurs et consommatrices ; alertant sur de possible fermetures définitives de commerces, elle appelle la population à faire les bons choix…

Bien que nous pouvons être d’accord de consommer localement, nous n’avons pas forcément les moyens de faire nos achats dans les petits commerces. Bien que nous pouvons être contre l’implantation d’un nouveau supermarché, nous ne le sommes pas uniquement pour des intérêts particuliers mais aussi et avant tout pour des questions de société. Et quant au mépris affiché à travers la dernière campagne du CVF, il ne fait que rendre plus difficile toute tentative de soutien. En voici un aperçu : “fermeture définitive, ce sont les deux mots que vous verrez bientôt sur de nombreuses vitrines […] si vous craquez sur les grandes plate-forme de e-commerce […]” ; “pensez y avant de cliquer”.

Faire d’un problème de société, un problème d’individus ainsi que mettre en cause la population plutôt que le système économique capitaliste est une erreur, la cible n’est pas la bonne. En effet, c’est bien plus la concurrence, la liberté d’installation donnée par les élus aux supermarchés et l’argent public que les gouvernants ont offert aux grandes entreprises (ex : Carrefour et le CICE) , qui ont mis certain.e.s commerçant.e.s et artisan.e.s directement ou indirectement en difficulté, la crise sanitaire en ayant accentué l’impact, et non les choix que font les consommateur-trices. Que dire des élus locaux qui ménagent la chèvre et le choux en entretenant le statut quo entre les petits commerces et les grands. L’implantation à venir d’un Lidl à St-Brice en est un exemple remarquable.

Changer de paradigme

Nous n’avons aucun intérêt à préserver le capitalisme, ce système économiquement, socialement et écologiquement destructeur. Si nous voulons produire et consommer des produits locaux, sains, accessibles, écologiques et respectant les travailleurs et travailleuses, commençons déjà par augmenter les salaires et les pensions et par redistribuer les richesses : ce qui permettra à toutes et tous de vivre dignement. Simultanément il nous appartient aussi d’imaginer et de construire ici et maintenant un autre modèle de société. Une société où nous pourrions laisser une part d’autonomie aux travailleur-euse.s indépendant.e.s, du commerce de l’artisanat ou autre, et même les intégrer peu à peu aux structures décisionnelles : autonomie du travail – sous réserve de ne pas exploiter de salariés – regroupement dans chaque commune ou à plus large échelle des petites unités d’une même activité, ou d’activités complémentaires qui deviendraient ainsi les “ateliers” d’ensembles plus vastes. Les travailleur-euses pourraient se rassembler en assemblée générale de ces divers ateliers, élire un conseil et des délégué.e.s mandaté.e.s impérativements (les mandaté.e.s ne peuvent pas décider par eux et elles-même, ils et elles doivent suivre le mandat qui leur à été donné) et révocables. Avec un encadrement des revenus sous le contrôle de la société. Une société où la production de bien et de services serait guidée non plus par la course aux profits, mais par les besoins de la population ; où la production et la distribution des besoins fondamentaux serait socialisée (mise en commun des moyens de productions et d’échanges), autogérée (gèrer par les travailleuses et travailleurs eux et elles-mêmes) et planifiée démocratiquement (production et répartition selon les besoins de la population). L’expérience de l’amap peut être un début dans cette démarche et il faut la soutenir. Pour ce qui est de répondre à toute la diversité des besoins nous pourrions faire coexister une planification démocratique générale avec une sphère d’échange de biens, à l’initiative des individus et des communautés.

Réinterrogeons notre économie et notre position au sein de celle-ci. Battons-nous pour une autre société, une société dans laquelle la coopération serait logique et la concurrence absurde, dans laquelle chacun.e travaillerait selon ses capacités et recevrait selon ses besoins !

Crédits illustration : couverture de “Pour une économie libertaire” de Frédéric Antonini aux éditions Nada et bannière de Deca pour petitscommerces(.)fr

Pas de quartier pour Lidl, pas de Lidl dans nos quartiers

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Les gens m’appellent Lidl des jeunes

L’enseigne Lidl souhaite s’installer à Maen Roch. Le bureau municipal a déjà rendu un avis favorable et la Communauté de communes Couesnon Marches de Bretagne, qui possède le terrain de cette éventuelle installation, a indiqué qu’elle se rangerait à l’avis du conseil municipal de Maen Roch. Dans le compte rendu du dernier conseil municipal, le maire «  rappelle que c’est un sujet économiquement important pour le territoire et que Couesnon Marches de Bretagne est favorable à cette implantation qui permet de remplir la zone.  » 

«  Remplir la zone  » de béton, imperméabiliser les sols sur plusieurs centaines de m2, cela n’est pas en accord avec Le Projet du territoire CMB 2026 – Sources de possibles, entériné en conseil communautaire le 6 novembre 2019 qui revendique le fait de «  placer la dimension biodiversité au cœur de chaque projet  ». 

«  Un sujet économiquement important  » qui va mettre encore un peu plus en difficulté les commerçants des centres bourg. La commune lance une opération de soutien à ses commerces touchés durant le confinement et souhaite l’implantation du nouveau centre commercial  ! N’y a-t-il pas une contradiction  ? 

Mais le pire dans cette affaire, c’est que la mairie et la communauté de communes feignent d’ignorer que Lidl, c’est aussi :

des cadences infernales, du harcèlement moral et des salariés déshumanisés…Le harcèlement fait partie du management  : salariés filmés à leur insu dans le magasin, dans les réserves et dans les espaces réservés aux pauses. Condamné pour «  faute inexcusable  » suite au suicide d’un salarié en 2015 sur son lieu de travail, les méthodes managériales n’évoluent pas selon les salariés. La preuve, ce samedi 10 octobre, l’ensemble des salariés de Lidl à Lamballe ont fait grève devant l’entrée du magasin pour dénoncer les méthodes de management de leur directeur de secteur, à qui ils reprochent mépris et maltraitance (mutation forcée dans des magasins éloignés de leur domicile pour les salarié.ées afin de les faire rentrer dans le rang) 

des fournisseurs français qui utilisent les pires pratiques d’élevage et de culture afin de pouvoir vendre le moins cher possible. Il est possible d’acheter cette semaine son poulet entier à 2.49 €/kg et des carottes à 0.60 €/kg ! Mais ce prodige a un coût humain (agriculteurs payés une misère) et environnemental (production extensive utilisant une quantité considérable de pesticides, pour certains cancérigènes). Ceci n’est pas spécifique à Lidl. L’enseigne concurrente que nous connaissons bien à Maen Roch, Super U, utilise les mêmes méthodes : carottes à 0,65 €/kg et, histoire de faire des marges colossales sur le dos des consommateurs qui privilégient le bio, le panais bio vendu à 5,98 €/kg  alors qu’il est possible de le trouver aux alentours de 3€/kg chez un producteur local ou dans les épiceries installées dans les centres bourgs.  

des fournisseurs à l’étranger exploités dans des conditions inacceptables. En 2017, une enquête révélait que la production de bananes et ananas en Equateur pour Lidl  nécessitait un usage intensif de pesticides, et que l’épandage en avion de ces substances chimiques avait lieu pendant que les employés travaillaient sur la zone. Qualifiés d’ «  hautement dangereux  » et interdits par l’Union Européenne, ces produits toxiques le sont pour les travailleurs agricoles mais également pour les riverains proches, qui souffrent désormais de cancers, de maladies respiratoires, de fausses couches pour les femmes. Cet empoisonnement s’accompagne de contrats inexistants, pas couverts socialement, des licenciements abusifs (femmes licenciées car enceintes, travailleurs.euses licencié.es car souhaitant créer un syndicat…) 

Couesnon Marches De Bretagne souhaite «  initier et accompagner une dynamique de territoire autour de l’alimentation qualitative  ». Pour cela, il semble donc indispensable d’empêcher l’installation de Lidl. Et pourquoi ne pas mettre notre énergie à développer une agriculture durable sur notre territoire afin que la population bénéficie d’une nourriture de qualité, biologique et à un prix acceptable  ? 

De nombreuses pistes de réflexion s’offrent à nous  ! Dans un précédent article, nous évoquions la possibilité de mettre en place «  la cantine à 1 euro  » afin que les familles les plus modestes aient accès à ce service. (https://galettesociale.org/le-droit-a-la-cantine-pour-tous/)

Crédit Photo : Costa Rica 2015 – Make Fruit Fair / ActionAid France – MakeFruitFaire

Le droit à la Cantine pour tous

Pendant le confinement un des arguments avancés par le président Macron lors de son allocution du 11 mai ou à diverses reprises par le ministre de l’Éducation nationale et les médias qui se faisaient l’écho de leurs propos pour rouvrir les écoles était la nécessité de réduire les inégalités que le confinement ne faisait que renforcer : inégalités pédagogiques, certes, mais aussi sociales. Ainsi les conséquences liées à la fermeture des cantines ont été évoquées à diverses reprises : certains enfants ont eu faim puisque le repas du midi de la cantine est généralement leur seul vrai repas complet de la journée.

Il est intéressant d’observer que ce constat – la nécessité de bénéficier ce repas pour les enfants de milieux défavorisés – ait pu devenir un argument politique du gouvernement. Il a eu, au moins, le mérite de mettre en lumière l’importance de la restauration scolaire dans le quotidien de certains enfants et vient relancer le débat autour de la question du financement du repas des cantines.

La cantine à 1€

En septembre 2018, dans le cadre du plan national de lutte contre la pauvreté le président Macron avait annoncé une mesure importante  : la cantine à 1 euro. Selon le ministère de la Santé, ce dispositif devait concerner entre 60 000 et 120 000 enfants.
En France, les prix des repas à l’école primaire sont fixés par les communes. Or nombre de petites communes rurales n’adaptent pas les tarifs des cantines  : elles ne proposent aucune tarification en fonction du revenu des familles. Seulement un tiers des communes de 1 000 à 10 000 habitants pratique une tarification sociale dans les cantines, contre 81 % des communes de 10 000 à 100 000 habitants.
Le concept est simple  : « L’État veut encourager les communes les plus fragiles à mettre en place une tarification sociale dans les cantines des écoles élémentaires. Si celles-ci s’engagent à participer au dispositif, elles recevront une aide financière de deux euros pour chaque repas facturé un euro maximum aux familles. En moyenne, un repas coûte sept euros et revient à environ trois euros aux parents.

Les collectivités éligibles qui disposent déjà d’une tarification sociale peuvent bénéficier de cette aide depuis le 1er avril 2019.
Ce dispositif concerne seulement les communes bénéficiaires de la fraction cible de la dotation de solidarité rurale (DSR), soit les 10 000 premières communes rurales les plus défavorisées. Au total, près de 3 400 communes et 500 intercommunalités peuvent prétendre à cette aide.

Un dispositif rejeté dans le Coglais

À notre connaissance, on constate qu’aucune commune de Couesnon Marche de Bretagne n’a mis en place les tarifs différenciés en fonction des revenus familiaux. Pire, certaines communes, pourtant bénéficiaires de la fraction cible de dotation de solidarité rurale, refusent de mettre en place le dispositif « cantine à 1 euro » (Maen Roch, Saint Marc le Blanc, Saint Hilaire des Landes, Chauvigné, les Portes du Coglais, Saint Germain en Coglès, Val Couesnon). Pour quelles raisons font-elles le choix délibéré de ne pas appliquer de tarification sociale ? Sur quels arguments fondent-elles leur décision ? De quoi ont-elles peur exactement ? Que les familles en difficulté abusent d‘un droit qui leur est pourtant dévolu et voulu par l’État dans le cadre d’un dispositif politique de lutte contre la pauvreté ? Que de cet abus en découlent d’autres ? Pourquoi ne pas prendre exemple sur une commune proche : Saint Aubin du Cormier a mis en place depuis plusieurs années une tarification sociale de la restauration scolaire et des services périscolaires. En 2019, les familles les plus modestes payaient 1,21 euro le repas. On ne note aucun débordement social, aucune autre revendication ; simplement, ce dispositif permet à des familles d’éviter des dettes de cantine, phénomène en progression, semble-t-il, tout comme elle permet à certains enfants de manger correctement le midi.

Et si on allait plus loin ?

Il est invraisemblable et incompréhensible que certaines communes du Coglais refusent de faire la demande de ce financement qui revient de droit aux familles les plus en difficulté. L’aggravation de la crise économique que le gouvernement nous annonce pour l’automne remet singulièrement en question la politique sociale des communes qui ignorent ce dispositif.
Il est regrettable que l’argent proposé par l’État dans le cadre de la lutte contre la pauvreté soit inemployé et dorme dans les caisses. Il est question ici d’une répartition des moyens nécessaire pour équilibrer les niveaux de vie, les manières de vivre, et il est surtout question de permettre à des enfants de faire un repas complet.
En poussant la réflexion, avec Paul Ariès, défenseur de la gratuité des services, on pourrait même se prendre à rêver d’une gratuité totale en matière de restauration scolaire, pour tous les élèves, indistinctement, ce qui permettrait de gommer les différences sociales et de faire en sorte qu’aucun parent ne soit embarrassé d’être en situation de bénéficier d’une aide sociale.
 Ce serait, selon Ariès, une véritable «  gratuité d’émancipation  », basée sur le «  bon usage  » !

Les Samedis à Calais

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Samedi, nous sommes allés à Calais, comme tous les samedis depuis le dernier week-end de juin pour retrouver les exilés qui attendent au bord de ce continent une occasion de passer en « UK », mais les occasions sont rares : des centaines de CRS et de gendarmes et d’agents de la police aux frontières quadrillent Calais, les zones industrielles, les rues, les bois alentour pour expulser, démanteler la moindre tentative d’installation de campement.

Les grilles, les grillages se dressent partout, encerclent et enferment les Calaisiens dans leurs quartiers, mettent à la marge les réfugiés. Il leur reste peu de place pour s’installer  : quelques zones excentrées qu’il faut quitter au bout de quelques jours après s’être fait confisquer sa tente, lacérer son duvet, parfois s’être fait insulter ou gazer. Il n’y avait plus que 2 points d’eau pour 1000 personnes en juillet- deux points de distribution de nourriture, éloignés de plusieurs kilomètres. Et pour prendre une douche, il faut bien rajouter 6 kms de marche. Les exilés sont épuisés, démoralisés, désespérés.

On a retrouvé nos amis éthiopiens samedi, une dizaine d’exilés fidèles qui marchent une demi-heure pour nous rejoindre, comme tous les samedis  : on s’installe avec eux, on mange quelques gâteaux, on boit du thé, on mesure leur fatigue à leurs visages tendus, fripés, crispés. Et samedi, ça avait l’air dur, ils n’arrivaient pas à se décoller du grillage contre lequel ils étaient adossés, il y avait des pansements sur des mains, des cicatrices douloureuses, des blessures faites en escaladant les grillages. Il y avait une grande lassitude. On leur a proposé de les embarquer pour deux jours. On a repris les hébergements dans les familles lilloises depuis 2 week-ends, c’est ça qu’on vient leur proposer tous les samedis  : un week-end de repos dans une famille, deux nuits dans un vrai lit, une longue douche, des repas, du calme ou un moment pour échanger, de la musique, des conversations. Ils repartent le lundi un peu reboostés, ils disent souvent qu’ils ne pensent plus à Calais pendant deux jours et que ça leur fait du bien. A l’heure où le ministre de l’Intérieur Darmanin décide de faire interdire la distribution de nourriture par les assos de la ville, où la maire de Calais Nathalie Bouchart, jamais en panne d’inspiration pour maltraiter les «  migrants  », réclame la création d’une «  zone d’expérimentation  », un «  secteur géographique à définir pour juguler les flux migratoires et à lutter contre les troubles à l’ordre public  », à l’heure où il serait question de remettre à l’ordre du jour le délit de séjour irrégulier, supprimé par Manuel Valls, en 2012, à l’heure où l’Angleterre renvoie en France par charters les exilés arrivés sur les côtes par les «  small boats  » , on se dit qu’il va falloir qu’on continue sans faiblir, qu’il faut tenir, résister, donner son temps et son énergie pour ces venus du bout du monde et nés du mauvais côté de la mer.

Anne du collectif Migraction, Lille

Des Lions à Fougères ? !

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Vous avez déjà vu ces panneaux d’entrée dans la ville de Fougères  ? Ces panneaux, ville fleurie, sportive, … Et en bas du panneau, un petit bandeau avec quelques logos dont celui du Lions club et du Rotary club  ? ? C’est la même sur certains panneaux indiquant les places réservées aux personnes handicapées. Mais qui sont-ils ? Quelle est cette association qui a, chose exceptionnelle, le droit de marquer l’espace public, de s’afficher institutionnellement à l’entrée de la ville ? Comme si les panneaux d’entrée indiquaient  : « Bienvenue sur le territoire du Lions club  » !

Le Lions Club, est ce qu’on appelle un club service. Derrière des raisons philanthropiques qui sont souvent à l’origine de la création des clubs services tel que Lions Club et le Rotary Club, les clubs service sont des espaces de sociabilité des notables et de la bourgeoisie. Jusqu’à très récemment, la cooptation était nécessaire pour entrer dans le club, et les femmes y sont sous-représentées. Le Lions moins sélectif que le Rotary, regroupe souvent les petites bourgeoisies locales.
 
Au Lions sont surreprésentés les chefs d’entreprise, les avocats, certains sont même, au niveau régional, représentants patronaux aux prud’hommes. Le leitmotiv des clubs service est la mise en place d’actions dites philanthropiques. À Fougères, l’action principale du Lions club est la vente de tulipes notamment à destination d’associations caritatives. Les statuts du club fougerais précisent souhaiter «  unir par des liens de solidarité et d’amitié des hommes et des femmes représentatifs et qualifiés de la communauté  ».
Réservé prioritairement à des chefs d’entreprise, des avocats, des médecins, le Lions Club est un espace servant avant tout à étoffer son réseau, faire des connexions, et qui dit réseau de profession ayant des intérêts convergents, dit aussi capacité d’organisation, de lobbying et capacité d’influence accrue. Ce dernier point ne serait pas un problème si la bourgeoisie et nous avions des intérêts convergents, mais ce n’est que rarement le cas et les clubs service viennent s’ajouter à la longue listes de réseaux qu’ont constitué la bourgeoisie et les chefs d’entreprise  : syndicats de patrons, Chambre du Commerce et de l’Industrie, …
 
Dans différents ouvrages les sociologues Monique et Michel PINÇON-CHARLOT expliquent l’usage des clubs et lieux de sociabilité de la bourgeoisie, leur permettant de s’organiser et se reproduire. Les PINÇON-CHARLOT expliquent que les cercles mondains permettent à la bourgeoisie de se perpétuer, reconduire sa domination et maintenir son homogénéité.
 
Le Lions club est comme le Rotary marqué par des titres tel que «  gouverneur  » et des cérémonies pompeuses de passation de pouvoir. Ces cérémonials participent à ériger «  des barrières symboliques (mais aussi bien réelles de béton et d’acier) qu’érige la bourgeoisie pour se préserver, pour maintenir cet entre-soi, pour ne pas être confrontée à une quelconque altérité sociale. La ségrégation sociale que cette classe parvient à opérer, le racisme de classe qui la conduit à écarter tous ceux qui n’en sont pas, à les tenir à distance de ses lieux de prédilection, révèle la formidable violence symbolique qu’elle parvient à exercer, avec d’autant plus de force qu’elle a le droit et l’État – le sien – pour elle.  » (1)
 
 
Le Lions club se dit apolitique et areligieux, ce qui n’empêche pas ses membres de briguer des mandats ou d’entretenir des liens étroits avec les élus locaux. Ainsi lors du congrès régional du Lions Club à Fougères, le maire de la ville était présent à la plantation de l’arbre des Lions sur l’espace public. Cette colonisation discrète et institutionnelle de l’espace public fougerais est plus que questionnante, quand les autres associations doivent se partager 4 panneaux légaux squattés par des affiches à but commercial.
Enfin, les ouvrier.es, employé.es et professions intermédiaires représentent 83  % de la population fougeraise, mais sans espace d’organisation collective, leurs intérêts et influence sur ce qui fait la politique locale est clairement diminuée, c’est pourquoi il est nécessaire de rejoindre et construire dans sa boîte, les syndicats, et à côté de chez soi les espaces d’auto organisation et de démocratie directe, tels les locaux autogérés.

(1) Stéphane Olivesi, « Michel Pinçon, Monique Pinçon-Charlot, Les ghettos du Gotha. Comment la bourgeoisie défend ses espaces », Questions de communication, 14 | 2008, 401-403

L’hôpital de Fougères et la lente agonie des soins publics

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Sur la lutte à l’hôpital de Fougères suite au rassemblement du 30/06/2020.

Déjà plus d’un an que les hôpitaux publics en France tirent la sonnette d’alarme  : l’optimisation budgétaire de la prise en charge des malades se paie cher pour les soignant.e.s comme pour les usager.ère.s.

Ces derniers mois, l’épidémie de COVID19 a mis la situation déjà tendue des soins publics à rude épreuve. Résultat  : les usager.ère.s ont eu droit à une démonstration à grande échelle des faiblesses du système de soins et les soignant.e.s ont maintenant une fenêtre grande ouverte pour faire connaître les problématiques de leurs conditions de travail.

A Fougères, près de 150 personnes se sont rassemblées le 16 juin dernier sur le parvis de l’hôpital  : du personnel en débrayage et des usager.ère.s venu.e.s les soutenir. Après cette action encourageante, un nouvel appel a été lancé pour le 30 juin. Nous y avons rencontré des représentant.e.s du personnel CGT et CFDT.

Qu’il y ait la crise ou pas la crise, c’est pareil, ça n’a rien changé. Il manque des moyens humains pour travailler.

Avant la crise sanitaire ?

«  Il nous manquait du personnel, on faisait beaucoup de l’auto-remplacement…
– Il y avait déjà une crise, la crise avant la crise !
– On avait du mal à prendre nos congés. L’épuisement professionnel aussi parce que là avec les heures supplémentaires, on avait calculé à l’hôpital de Fougères, on pouvait embaucher sur 30 ETP (équivalent temps plein) avec nos heures supplémentaires. C’est énorme.
Donc euh, le gouvernement, quand ils nous disent de faire des heures supplémentaires, on a déjà des heures supplémentaires. On est pas à 35h.
– On est à 37h50 avant les heures supplémentaires. Même le mouvement il s’inscrit dans le temps, puisque avant la crise COVID il y avait des crises à l’hôpital, on a accompagné le mouvement des EHPAD (établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes) depuis un an ~ un an et demi, les urgences… Petit à petit chaque profession s’est agrégée autour des difficultés de travail au quotidien. En EHPAD avant encore… »

«  Moi dans le service où je suis, qu’il y ait la crise ou pas la crise, c’est pareil, ça n’a rien changé.
Il manque des moyens humains pour travailler. Le MAG (médecine aiguë gériatrique), c’est beaucoup de personnes âgées donc plus de 90 ans quoi, qui sont multi-pathologiques et qui ont forcément des fois pas mal de problèmes de démence, de comportement. Alzheimer, tout ça.
Pour travailler auprès de ces personnes, il faut du temps. Une personne âgée, le temps qu’elle comprenne, si elle a des problèmes au niveau du cerveau, le temps qu’elle intègre la chose que vous allez lui dire, ça va demander plus de temps qu’à vous, qu’à moi. Rien que se lever, marcher : je vous dis de vous lever, vous allez vous lever, alors qu’elles c’est plus long. Sauf que ce temps là, ben des fois il faut faire vite et… des fois on est obligé de les aider et on les laisse pas forcément faire alors qu’elles seraient aptes à le faire. Mais on a pas le temps d’attendre. Donc il manque des gens pour être auprès de ces personnes.
Elles sont déjà pas mal âgées donc elles sont déjà en perte d’autonomie, mais le si peu qu’elles pourraient faire, elles le font, mais faut le faire vite. Des fois il y a des tensions entre le malade et nous. Psychologiquement c’est pas toujours évident de se faire… enguirlander quoi (rire). »

On a travaillé sans masque. Les directeurs passaient pour nous enlever les masques pendant les 15 premiers jours.

La période de confinement à l’hôpital  ?

«  Le confinement ça a été dur les 15 premiers jours parce qu’on avait pas de masques. On a travaillé sans masque. Les directeurs passaient pour nous enlever les masques pendant les 15 premiers jours. Donc voilà… Après c’est difficile parce que c’est un stress pour les personnels…
– L’angoisse au travail, la peur de ramener la maladie chez soi.  »

Et après les 15 premiers jours  ?

«  C’était différent au cours du temps, parce qu’au début les gens ont fui un peu l’hôpital, faut le dire, ils avaient peur. Ils n’osaient plus venir à l’hôpital.
– Il y a eu une baisse d’activité pendant le COVID. Mais enfin on a soigné quand même parce qu’il y a des choses urgentes qu’il faut soigner, on a pas le choix.  »

Les visites étant interdites, il y avait plus de sollicitations téléphoniques, beaucoup plus quoi, donc c’était difficile à gérer.

Des cas de COVID à Fougères  ?

«  Il y a eu quelques cas, mais voilà ça n’est pas non plus… Et puis de toute façon les gros cas étaient transférés au CHU (centre hospitalier universitaire). Il y a beaucoup de suspicions mais il faut savoir que les suspicions c’est identique au COVID puisque les préventions de protections sont identiques  : on est obligé de se protéger donc on prend autant de temps. Et puis les appels des familles, de plus en plus dans les services.
– Les visites étant interdites, il y avait plus de sollicitations téléphoniques, beaucoup plus quoi, donc c’était difficile à gérer. C’est logique puisque les gens étaient inquiets pour leurs proches et ne pouvaient plus se déplacer physiquement.  »

Faire exploser le statut protecteur hospitalier pour aller vers l’individualisme, le cas par cas.

L’état de la mobilisation aujourd’hui  ? (30 juin 2020)

«  Ben c’est moitié moins qu’il y a quinze jours. Après, avec ce qu’on vient d’annoncer dans le SEGUR, je vous jure qu’il va falloir qu’on se serre les coudes parce que ça va être catastrophique, ça va être encore pire qu’avant.
– On va vers l’accélération parce que là en réponse on a eu la division dans les primes et là a priori ce qui ressort des pourparlers, c’est d’aller encore plus dans cette direction là. C’est à dire de proposer des objectifs, avoir des primes conditionnées aux objectifs, enfin voilà un système très libéral, très privé.
– Des négociations locales.
– Ça veut dire faire exploser le statut protecteur hospitalier pour aller vers l’individualisme, le cas par cas. C’est pas du tout le projet initial de l’hôpital public.
– Ils ne font rien pour améliorer les choses.  »

«  Des mobilisations, ça date déjà de l’année dernière, on en a déjà fait pas mal. Bon peut-être que les gens là se sentent un petit peu plus concernés. C’est vrai qu’il y a des demandes de revalorisation salariale donc… je pense que les gens en ont un petit peu assez de travailler sans moyens. Et puis la reconnaissance du travail, c’est important à un moment donné.  »

Je trouve qu’il manque du collectif.

Évolution de la mobilisation à l’extérieur de l’hôpital  ?

«  Non, je ne trouve pas. Si l’autre fois le 16 juin oui, mais après… les gens nous ont applaudi mais vous savez ce n’est qu’un temps. Chacun oublie, chacun repart avec ses contraintes aussi. Peut-être que les gens actuellement subissent le chômage partiel dans les entreprises privées, ils ont aussi leurs difficultés… Je trouve qu’il manque du collectif. Mais vraiment du collectif inter… il n’y a pas que l’hôpital, il y a le privé.
Je pense que si on était tous mobilisés, ben on arriverait sans doute à avoir des choses. Que si chacun fait dans son coin, ben forcément ça divise puisque chacun réclame ses petites choses, et c’est forcément pas les mêmes. C’est plus facile, quand on divise les gens, c’est plus facile que de les rassembler. Quand les gens sont rassemblés, ils sont bien obligés de donner quelque chose quand les gens demandent la même chose.  »

La mobilisation du personnel depuis le 16 juin  ?

«  On sait que de toute façon quand on fait plusieurs mobilisations, c’est pas la première qu’on fait, on sent qu’à chaque fois il y a des forces qui sont en moins. C’est comme ça. C’est de la fatigue qui s’accumule. On voit quand on fait les tournées de services… je ne sais pas jusqu’à quand…
La mobilisation aussi, c’est savoir ce que c’est le SEGUR. Parce que nous [syndiqué.e.s] on est dedans.
– Ça ne fait pas longtemps qu’on a des pistes de ce qui s’y dit.
– Et c’est atroce quand on sait ça. Là je pense que ça va énerver des gens mais… ça fait peur. Tu te dis ”où est-ce qu’on va aller  ?” »

La santé c’est pas que nous les soignants, c’est toute la population  !

Les suites de la lutte  ?

«  Il faudrait qu’on soit plus ici déjà. Il y a une mobilisation au niveau national, c’est en train de se faire sur le 14 juillet à Paris. Là je pense qu’il va y avoir des milliers d’hospitaliers, mais il faudrait aussi tous les usagers, parce que la santé c’est pas que nous les soignants, c’est toute la population  !  »

D’autres formes d’action  ?

«  Là ça va être compliqué, on rentre dans une période de vacances, on sait bien. Le SEGUR il est signé le 14 juillet là, même vendredi, ils ont avancé. Donc nous on est déjà restreints dans les services, minimum. Faut voir aussi que là il n’y a pas beaucoup de monde mais on est obligés de… Il y a les gens qui sont assignés, qui sont solidaires avec nous, mais qui ne peuvent pas être présents là sur le parvis.
– Il y a le service minimum à appliquer.
– Donc voilà, c’est compliqué pour nous de faire grève.  »

«  Il y a eu déjà des choses de faites. Nous, à part le rassemblement, on a fait beaucoup de chaînes virtuelles et tout ça.
– Ces actions là fonctionnent bien, parce que le fait de se mobiliser, de se dégager du temps pour venir, prendre des heures de grève, c’est pas si évident que ça.
Je pense que la grève a ses limites aussi, je pense qu’il faut envisager d’autres moyens d’action. Après lesquels, c’est pas évident.  »

Le 14 juillet ça peut aussi être explosif  !

Moyens de soutenir  ?

«  De venir comme vous faites, ça me fait plaisir de voir des usagers. Bon il y a pratiquement plus d’usagers que de soignants. Ça m’interroge… Mais bon c’est ce que je disais, les soignants c’est important, mais ils sont fatigués. Certains arrivent en fin de journée, et d’autres qui sont de soir. C’est pour ça qu’on fait à cette heure là, c’est parce qu’il y a un relai.
Après il faut faire des actions avec les usagers en ville, on va voir comment…
Et puis à la rentrée, je ne sais pas comment ça va faire, parce que le 14 juillet ça peut aussi être explosif  !
C’est important aussi de faire local, parce qu’on voudrait de temps en temps aller à Rennes mais on peut pas être sur les deux terrains.
Bon voilà, on essaye de faire pour le mieux.  »

Il faut qu’on soit bien, en tant que soignants, pour soigner les malades qui sont dans les lits.

Un autre fonctionnement du système de santé  ?

«  Plus d’humain(s)  ! (rire) Plus d’humain(s)… alors c’est ce que je disais moi j’ai 35 ans de boîte, au début je suis arrivée on avait pas matériel, on faisait avec des lits qu’étaient hauts comme ça à quatre pattes, on avait pas de matériel. On avait pas de lève-malade, on levait tout au bras, c’est pour ça qu’on a des problèmes d’épaule maintenant. Mine de rien, quand on fait ça depuis des années, on force et puis le dos les épaules ne tiennent plus. Maintenant on a amélioré le matériel dans les hôpitaux mais on a enlevé du personnel.
Il faut les deux, pour moi il faut les deux. Mais le moyen humain… on est confronté à la mort, à la maladie, donc c’est dur physiquement et psychologiquement… je ne sais pas si vous le percevez, mais quand on travaille depuis des années et des années à un moment aussi, on a nos limites, c’est normal on est humain. Et puis il faut qu’on soit bien, en tant que soignants, pour soigner les malades qui sont dans les lits.
– Les locaux ça va, quoi qu’ils ne sont pas fonctionnels mais c’est un autre problème… après le matériel commence un peu à faire défaut. Parce que les dotations, comme il y a eu beaucoup d’investissements dans les locaux, le matériel se fait attendre maintenant, le plan d’investissement à tendance à…
– Maintenant on est regroupé avec le CHU, quand vous voulez par exemple des lits ou des trucs comme ça, c’est le CHU qui commande et après ça revient dans les hôpitaux. Et quand il y a des intermédiaires comme ça…
– Il y a une délégation, avec le GHT, le groupement hospitalier des territoires, c’est l’établissement support qui décide. Si l’investissement est supérieur à 50 000€ je crois, ou 80 000€, excusez moi pour le chiffre je suis pas précis, systématiquement il faut demander l’autorisation au CHU pour que l’investissement soit réalisé. On ne peut pas nous-mêmes, il y a un plafond de financement, on ne peut pas nous-mêmes décider. Limités par le CHU, le GHT, et donc derrière il y a l’ARS (agence régionale de santé) qui décide. Pour mutualiser les moyens, pour essayer de faire des économies, en restreignant. En mutualisant, ça veut dire mettre en commun pour essayer de faire des économies quoi.  »

Les gens sont de plus en plus vieillissants, ils sont plus lourds et quand il faut bouger des personnes qui sont grabataires et en plus obèses, c’est compliqué  !

« Ce qu’il faudrait changer, c’est la rémunération par rapport aux actes. Puisque l’hôpital est payé suivant tel ou tel acte. Par exemple une appendicite vaut tant, un truc vaut tant… Il y a certaines pathologies qui vont rapporter plus que d’autres, et puis alors il peut y avoir un patient qui arrive pour telle pathologie, bon alors il cote tant, bon mais apparemment si j’ai bien compris, il peut avoir autre chose qui va s’associer à un moment t, sauf que cette chose ne va pas coter parce que, voilà, c’est pas comme ça, elle ne peut pas être coté. Donc en fait les gens restent mais ça coûte cher ! Au bout du compte l’hôpital n’est pas revalorisé par rapport à ça. Donc chaque acte devrait être revalorisé à sa juste valeur. Après je ne sais pas si c’est par acte, si c’est… mais c’est sûr qu’il faut revoir ce système de cotation des actes, c’est certain.
Il faut remettre des moyens humains et des moyens matériel aussi, du bon matériel pour travailler. Parce que c’est important le matériel aussi. On ne va pas dire qu’il n’y a pas ce qu’il faut, mais il pourrait être revu quoi, parce qu’il y a des choses ça commence à être un peu vieillissant. Il y a certainement des aides pour le levé qui sont plus simples à utiliser pour nous, parce qu’un lève-malade, je ne sais pas si vous avez déjà vu mais… ça nous aide mais il faut quand même tirer sur l’appareil, ça nous fait des tensions dans les épaules. Enfin voilà, c’est compliqué. Quand vous avez une personne à lever qui fait 120 kg, ça vous plombe le lève-malade au sol, faut tirer dessus, toute seule vous ne pouvez pas. Et même à deux quelque fois. Faudrait des choses un petit peu plus… il doit surement exister des choses qui soient plus faciles. Bon après c’est le financement, les prix ne sont pas les mêmes. Comme en USLD (unité de soins de longue durée) ils ont des rails, je pense que dans les services de médecine, il faudra qu’ils pensent aussi à mettre ce genre de matériel à l’avenir.
Parce qu’il faudra aussi préserver les soignants par rapport à tout ce qui est TMS (troubles musculosquelettiques). Les gens sont de plus en plus vieillissants, ils sont plus lourds et quand il faut bouger des personnes qui sont grabataires et en plus obèses, c’est compliqué ! On n’est que des p’tits bouts de bonne femme nous ! (rire). De tout façon un homme va peut-être pouvoir le faire, mais à un moment aussi son dos va souffrir, ses épaules vont souffrir. »

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